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29 mai 2019

Pakistan : le reporter Gohar Wazir arrêté pour avoir couvert un mouvement de défense de la minorité pachtoune

Des partisans du Mouvement de protection des Pachtounes manifestent, le 23 janvier dernier à Karachi, après l’arrestation de l’un de ses leaders (photo : Asif Hassan / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités pakistanaises à libérer immédiatement le journaliste Gohar Wazir, arrêté lundi soir après avoir couvert un rassemblement populaire dénonçant les exactions de l’armée dans les anciennes zones tribales à la frontière pakistano-afghane.

Il a franchi l’une des “lignes rouges” imposées par l’armée. Le journaliste de la chaîne Khyber News Gohar Wazir a été arrêté dans la soirée du lundi 27 mai pour avoir couvert un rassemblement du Mouvement de protection des Pachtounes (Pashtun Tahafuz Movement, PTM) dans la ville de Bannu, située aux portes du Waziristan et des anciennes “zones tribales” qui longent la frontière entre le nord-ouest du Pakistan et l’Afghanistan.


Le rédacteur en chef de Khyber News, Hasan Khan, a assuré à RSF que la chaîne faisait tout son possible pour retrouver le journaliste : “Tout ce que je peux confirmer à l’heure actuelle, c’est que notre reporter Gohar Wazir a été placé en détention par la police et transféré à la prison de Haripur [à 350 kilomètres de Bannu], déplorait-il dans la matinée du 29 mai. Gohar Wazir est un journaliste de bonne foi.”


Durant ce rassemblement, le journaliste a notamment interviewé le député Moshin Dawar, un membre actif du PTM, et publié lundi soir cette séquence sur sa page Facebook faute d’avoir pu la diffuser dans les programmes de Khyber News. Il a été arrêté dans la foulée, mais l’annonce de son interpellation n’a été rendue publique que dans la soirée du 28 mai. Sa détention préventive peut durer jusqu’à six mois.


“Nous appelons le gouvernement civil d’Imran Khan à s’emparer de ce cas et à obtenir la libération immédiate de Gohar Wazir, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Encore une fois, les forces de sécurité pakistanaises répriment un journaliste qui couvrait un évènement d’intérêt public, en recueillant différents points de vue pour délivrer une information fiable et honnête. Laisser la presse faire son travail en toute liberté est le meilleur moyen de désamorcer les conflits.”


Communications coupées


Suivi par des centaines de milliers de supporteurs, le PTM est un mouvement de défense des droits des minorités dites “tribales” - essentiellement pachtounes - qui peuplent la zone frontalière avec l’Afghanistan. Dès son apparition début 2018, il a suscité l’ire de l’armée, dont le PTM est toujours prompt à dénoncer les exactions. Par voie de pressions diverses sur les directions des rédaction et par intimidation des journalistes, l’establishment militaire interdit de facto tout travail journalistique sur le PTM, comme l’a du reste rappelé le mois dernier le porte-parole de l’armée pakistanaise, le major-général Asif Ghafoor.


Le rassemblement du PTM que couvrait Gohar Wazir a été organisé au lendemain d’affrontements survenus dimanche 26 mai, entre des militants du PTM et des soldats, qui auraient fait au moins trois morts. Les autorités ont dans la foulée coupé toutes les communications dans l’ensemble de la région du Waziristan-Nord, empêchant ainsi les journalistes d’en savoir plus sur la situation. Un reporter local qui s’est réfugié dans la ville voisine de Bannu a confirmé auprès de RSF que “les lignes de téléphone fixe et mobile ne fonctionnent plus et [que] l’Internet est bloqué”.


En chute de trois place, le pays se situe à la 142e position sur 180 pays dans l’édition 2019 du Classement mondial de la liberté de la presse récemment publiée par RSF, autour de la thématique de la “mécanique de la peur” qui frappe aujourd’hui les journalistes.