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6 février 2018 - Mis à jour le 7 février 2018

Nouvelles attaques contre la presse critique aux Philippines

Les journalistes et professionnels des médias philippins organisent régulièrement des rassemblements en soutien aux organes de presse attaqués (photo : Ted Aljibe / AFP).
Le site du média d’information alternative Kodao Productions est toujours indisponible après avoir été victime d’une cyber-attaque en fin de semaine dernière. Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de ce nouvel accroc à la liberté de la presse, dans un contexte de défiance du pouvoir philippin envers les médias critiques, et notamment contre les radios catholiques.

“Site actuellement indisponible”... C’est le message d’erreur qui apparaît lorsque l’on veut se connecter au site du média d’information alternatif Kodao Productions. Victime dans la nuit du 1er au 2 février d’une cyber-attaque consistant en une injection en masse de codes malveillants, le média ne peut plus diffuser aucun de ses articles ou de ses reportages. Cette attaque intervient dans un contexte de tensions exacerbées entre le clan de Rodrigo Duterte et une série de médias venus d’horizons idéologiques variés. Leur seul point commun : critiquer la politique du bouillant président philippin.


Depuis plus d’un an, le Réseau des médias catholiques, principal diffuseur radio du pays, attend le renouvellement de sa licence, bloquée au Congrès. Déposée dès le 24 janvier 2017 devant la commission parlementaire en charge de cette question, la demande n’a toujours pas été portée à l’ordre du jour. Alors que la fameuse licence, qui court sur 25 ans, a expiré le 4 août dernier, la Conférence des évêques des Philippines, qui dirige le réseau, craint désormais que ses 54 radios soient fermées d’un jour à l’autre.


“Nous appelons les parlementaires philippins à se saisir de cette question pour que la fameuse licence soit enfin renouvelée, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Il ne devrait s’agir que d’une simple formalité, un coup de tampon à apposer sur un document de quatre pages. Compte tenu des critiques de l’Eglise philippine contre les abus de pouvoir de Rodrigo Duterte, ce refus de renouvellement apparaît clairement mu par des motivations politiques. Kodao étant lui-même un site réputé pour son intransigeance face au pouvoir, sa suspension ressemble largement à une punition contre la presse libre.”


"Dutertards"


La cyber-attaque dont a été victime Kodao pourrait provenir de l’armée de troll déployée par le président philippin - une étude de l’Université d’Oxford a récemment montré qu’il a dépensé 200.000 dollars pour recruter ceux qu’on appelle les “Dutertards”.


Créé en 2000, Kodao Productions est connu pour ses enquêtes sur les droits de l’homme, l’environnement ou encore le long processus de paix engagé il y a trente ans entre le gouvernement des Philippines et la gauche communiste. Le Réseau des médias catholiques, pour sa part, se fait régulièrement l’écho des nombreux assassinats extra-judiciaires liés à la “guerre contre la drogue” menée par Rodrigo Duterte, avec déjà 4000 morts à la clé.


Le 15 janvier dernier, le porte-parole du gouvernement a annoncé la révocation de la licence du principal site d’information du pays, Rappler, lequel a fait appel de cette décision. Saisies par RSF sur la question, les Nations Unies ont exprimé dix jours plus tard leur “profonde inquiétude face à cette atteinte à la liberté de la presse.


L’Union nationale des journalistes des Philippines organise désormais des “Black Fridays” sous la forme de rassemblements réguliers en soutien aux organes de presse attaqués par le gouvernement.


Les Philippines se situent à la 127ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2017 de RSF.