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18 août 2021

Nicaragua : RSF demande la libération immédiate du directeur général de La Prensa

La Prensa
Reporters sans frontières (RSF) exige la libération immédiate de Juan Lorenzo Holmann, directeur du quotidien La Prensa et exhorte les autorités nicaraguayennes à laisser les équipes du journal reprendre leur travail normalement dans les locaux de la rédaction, rendus inaccessibles par la police nationale.

Depuis le début du mois d'août 2021, les équipes du journal indépendant nicaraguayen La Prensa vivent un cauchemar. Leur directeur général Juan Lorenzo Holmann a été placé en détention le 14 août, les locaux du journal, perquisitionnés par la Police nationale, sont inaccessibles aux quelques 200 employés et la rotative est à l’arrêt, faute de papier confisqué par le service des douanes du régime de Daniel Ortega. C’est “un coup dur'' témoigne le journaliste de La Prensa et correspondant de RSF Eduardo Enriquez: “l'entreprise doit se réorganiser à court terme et trouver un moyen de rendre l’édition numérique économiquement viable.” 


Avant de suspendre sa distribution pour une durée indéterminée, le quotidien avait annoncé, le 12 août, sa dernière publication papier dans une Une implacable : “La dictature retient notre papier, mais elle ne peut pas occulter la vérité”. Le lendemain, les locaux de La Prensa, situés dans la capitale Managua, ont été perquisitionnés par la police nationale. L’électricité et l’accès à Internet ont été coupés, les serveurs du journal éteints et les journalistes et employés retenus pendant plusieurs heures à l’intérieur du bâtiment, avaient l’interdiction d’utiliser leur téléphone portable.


Juan Lorenzo Holmann présent lors de la perquisition, a été détenu pendant près de 15 heures par la police, avant d’être escorté le 14 août au matin à la Direction de l’aide judiciaire (DAJ) pour “signer quelques papiers”, où il a finalement été arrêté et incarcéré. Le ministère public a annoncé sa détention pendant 90 jours dans le cadre de l’enquête menée contre La Prensa pour “fraude douanière et blanchiment d’argent”. Détenu dans un lieu secret, à l’instar de dizaines d’opposants politiques, le directeur général du journal ne peut pas voir sa famille, ni ses avocats. 


“Dans la perspective des élections présidentielles de novembre 2021, Daniel Ortega renforce son arsenal de censure et engage des poursuites judiciaires abusives contre tous ses opposants, et notamment contre les médias indépendants, explique le directeur de bureau Amérique Latine de RSF, Emmanuel Colombié. “RSF exige la libération immédiate de Juan Lorenzo Holmann et exhorte les autorités nicaraguayennes à cesser d’obstruer systématiquement et scandaleusement le travail d’information des équipes de La Prensa.” 


Vingt médias indépendants ont disparu sous Ortega


La Prensa, fondé il y a 95 ans, est le seul quotidien national du Nicaragua. Nominé au Prix de l’indépendance de RSF en 2020, le journal a abondamment couvert les manifestations qui ont éclaté en 2018 contre Daniel Ortega et n’a jamais ménagé ses critiques à l’égard du pouvoir. En 2019, le journal avait déjà été victime, pendant 18 mois, d’une pénurie organisée de papier et de matières premières. Plus récemment, il a fait l’objet de poursuites judiciaires abusives visant à lui faire payer des amendes exorbitantes. 


Selon le syndicat de la presse, au moins vingt médias indépendants ont disparu sous le gouvernement Ortega, à la suite notamment de confiscations de matériels ou de fermetures forcées. La plupart d’entre eux ont cessé leurs activités en raison de la crise politique et économique que connaît le pays depuis 2018 et les manifestations antigouvernementales au cours desquelles plus de 300 opposants sont morts. 


Daniel Ortega, président du Nicaragua depuis 2007 – après l’avoir été pour la première fois entre 1979 et 1990 – figure dans la dernière liste des prédateurs de la liberté de la presse établie par RSF en 2021. Il ne recule devant rien pour contrôler l’information et a mis en place un système sordide d’asphyxie économique des médias indépendants : politiques discriminatoires en matière de publicité officielle, restrictions à l’importation de fournitures et de matériel journalistique, audits abusifs, pressions, détentions arbitraires etc.


Entre l’année 2020 et l’année 2021, le Nicaragua a perdu quatre places au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF, et occupe désormais la 121e place sur 180 pays.