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9 février 2017 - Mis à jour le 13 juin 2017

Mort suspecte d’un journaliste yéménite: RSF demande l’ouverture d’une enquête indépendante

L’autopsie du journaliste d’investigation Mohamed Al-Absi retrouvé mort le 20 décembre dernier révèle que ce dernier a été empoisonné. RSF demande l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale afin d’éclaircir les circonstances de ce décès et traduire les coupables en justice.

Le journaliste d’investigation Mohamed Al-Absi, 35 ans, est décédé soudainement le 20 décembre dernier à l’hôpital après un dîner avec un proche à Sanaa, la capitale du Yémen. A la demande de sa famille, l’enterrement a été reporté pour pouvoir procéder à une autopsie. Les analyses faites en Jordanie ont été rendues publiques le 5 février par un comité de suivi, composé notamment de la famille du journaliste, du syndicat des journalistes yéménites et de différents centre d’étude et d’organisations non gouvernementales. Les résultats de cette autopsie révèlent que le journaliste a été empoisonné par un gaz toxique.


Des questions demeurent autour des circonstances exactes de la mort de Mohamed Al-Absi. Selon des médias locaux et régionaux, peu avant sa mort, le journaliste enquêtait sur un sujet sensible en lien avec des compagnies pétrolières qui appartiendraient à des responsables houthis.


RSF déplore la mort du journaliste qui s’apparente à un odieux assassinat” déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de Reporters sans frontières. Nous demandons l’ouverture d’une enquête internationale, impartiale et indépendante, loin des pressions politiques locales, afin de comprendre les circonstances exactes de la mort du journaliste et pour permettre à la famille d’obtenir justice tôt ou tard”.


Le journaliste était réputé pour ses enquêtes sur la corruption, le marché noir et l’économie de la guerre. Il travaillait pour le journal pro-gouvernemental Al-Thawra avant la prise de Sanaa par les rebelles houthis en septembre 2014, et collaborait avec les journaux Al-Sharea et Al-Oula avant que ces derniers ne soient contraints de fermer. Mohamed Al-Absi tenait également un blog. Selon nos sources, le journaliste se savait menacé mais ne voulait pas quitter le pays pour des raisons personnelles.


Depuis le début de la guerre au Yémen et de l’intervention de la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite en mars 2015, les journalistes sont pris en étau entre les différents acteurs du conflit: les partisans du président Hadi soutenus par la coalition arabe, les rebelles houthis soutenus par les forces de l’ancien président Saleh, en plus des groupes armés tels que Al-Qaïda (AQPA) au sud du pays. En 2016, cinq journalistes ont été tués et près de dix-sept journalistes et collaborateurs de médias demeurent à ce jour détenus par les houthis et Al-Qaida.


Le Yémen figure à la 170e place (sur 180) du Classement 2016 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.