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13 juillet 2017

Mort de Liu Xiaobo : RSF dénonce un “assassinat par refus de soins” commis par l’appareil d’Etat chinois

Photo DALE DE LA REY -AFP
Reporters sans frontières (RSF) a appris avec une grande tristesse la mort de l’écrivain chinois Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix 2010 et lauréat du prix RSF en 2004. L’organisation tient l’appareil d’Etat chinois pour responsable et demande la levée de la résidence surveillée de l’épouse de l’écrivain, Liu Xia.

L’homme qui incarnait la résistance à l’oppression et la lutte pour la liberté d’expression en Chine, Liu Xiaobo, est mort le 13 juillet, moins de trois semaines après l’annonce de sa maladie et son transfert à l’hôpital. Atteint d’un cancer du foie en phase terminale, Liu Xiaobo, lauréat du prix Reporters sans frontières en 2004, six ans avant le prix Nobel de la Paix, était emprisonné depuis 2008. En dépit d’une mobilisation internationale, le pouvoir chinois n’a pas autorisé l’écrivain à se rendre à l’étranger pour recevoir des soins. Sur le papier “libéré sur parole pour raison médicale”, Liu Xiaobo était en fait maintenu en isolation et sous la surveillance la plus stricte.


“Il est scandaleux que les autorités chinoises aient attendu que son cancer soit en phase terminale pour faire soigner Liu Xiaobo dans un hôpital, s’indigne Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Qui peut croire que les autorités carcérales chinoises seraient incompétentes au point de ne pas remarquer le développement d‘un cancer chez un détenu emblématique comme Liu Xiaobo? Les dirigeants chinois et leurs complices se sont rendus responsables, au-delà de la séquestration arbitraire, d’un assassinat par absence de soins. Nous demandons que l’épouse de l’écrivain, Liu Xia, soit libérée immédiatement, son placement en résidence surveillé relevant clairement de la détention.”


La responsabilité de l’appareil d'État chinois


RSF dénonce les responsables. En premier lieu, le président Hu Jintao, au pouvoir lors de l’arrestation et du jugement de Liu Xiaobo, et son successeur Xi Jinping, lui-même prédateur de l’information. Les autres hauts dirigeants chinois doivent également être tenus pour responsables: le Premier ministre chinois Li Keqiang, son prédécesseur Wen Jiabao, la ministre de la justice de l'époque, Wu Aiying, et son successeur Zhang Jun, ainsi que les autres membres du Comité permanent du Parti communiste chinois : Zhang Dejiang, Yu Zhengsheng, Liu Yunshan, Wang Qishan et Zhang Gaoli. En permettant l’emprisonnement de Liu Xiaobo, comme celui de milliers d’autres militants des droits humains, ces dirigeants piétinent chaque jour la constitution de la République populaire de Chine, qui garantit expressément la liberté de parole et de presse, et qu’ils sont censés mettre en oeuvre au plus haut niveau.


Mais pointer du doigt les dirigeants au plus haut niveau ne suffit pas. RSF appelle à ce que les “petites mains” qui se rendent complices de l’appareil répressif chinois ne soient pas oubliées : le président de la Cour de justice intermédiaire numéro 1 de Pékin Jia Lianchun et ses assesseurs Zheng Wenwei et Zhai Changxi et les procureurs Zhang Rongge et Pan Xueqing, qui se sont complu dans une parodie de procès expédiée en seulement deux heures. Doivent également être tenus pour responsables des mauvais traitements et du déni de soins le gouverneur de la province de Liaoning, Chen Qiufa, le secrétaire du Parti communiste chinois du comité provincial de Liaoning, Li Xi, ainsi que Ma Zhenfeng et Wang Zhansuo, les directeurs successifs de la prison de Jinzhou (Liaoning, nord-est) dans laquelle était incarcéré Liu Xiaobo.


La Chine a bien signé en 1998 le Pacte international des Nations unies relatif aux droits civils et politiques, mais elle s’est bien gardée de le ratifier. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2013, les violences envers les militants des droits civils et des journalistes citoyens sont encore montées d’un cran. “Durant les deux décennies précédentes, les autorités faisaient au moins semblant de vouloir améliorer la situation des droits de l’homme, rappelle Cédric Alviani, directeur du bureau RSF Asie de l’Est, “mais le gouvernement de Xi Jinping a pour sa part réhabilité sans complexe des pratiques dignes de l’époque maoïste: enlèvements, détention au secret et sans jugement, tortures et mauvais traitements systématiques, confessions télévisées forcées.”


La Chine est une des plus grandes prisons au monde pour les journalistes et les militants des droits civils. Elle occupe le bas du classement RSF de la liberté de la presse (176e sur 180 pays).