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9 octobre 2020

Manifestations au Kirghizistan : RSF exhorte autorités et opposition à garantir la sécurité des journalistes

Crédit: VYACHESLAV OSELEDKO / AFP
Plusieurs journalistes ont été agressés alors que des manifestations de grande ampleur et des heurts se déroulent au Kirghizistan depuis les législatives du 4 octobre. Reporters sans frontières (RSF) appelle les parties à garantir un environnement sûr pour les médias qui couvrent ces troubles post-électoraux.

Les manifestations qui ont éclaté depuis l'annonce des résultats des élections législatives du 4 octobre ont créé un dangereux climat d'insécurité pour les journalistes au Kirghizistan. RSF a recensé au moins sept incidents en l’espace de quelques jours, dont un grave dans la soirée du 5 octobre. Un journaliste de Current Time TV, chaîne affiliée à RFE/RL, Aibol Kojomouratov a senti le souffle d’une balle à quelques millimètres de sa tête. Le reporter filmait une patrouille des forces spéciales à Bichkek, quand il s’est fait tirer dessus par un des militaires. Il portait pourtant un gilet réfléchissant et une caméra qui le rendait bien visible et différentiable d’un émeutier.


“Les journalistes ne doivent pas devenir les bouc-émissaires de ces troubles post-électoraux, affirme la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale, Jeanne Cavelier. Nous nous joignons à l’appel de la communauté locale des médias pour exiger que toutes les parties, autorités et groupes d’opposition, garantissent la sécurité des journalistes qui couvrent les événements en cours. Cela commence par ouvrir des enquêtes sur chaque cas d’agression de journaliste recensé. Toute la lumière doit être faite, en particulier sur les circonstances qui ont conduit un membre des forces spéciales à ouvrir le feu en direction du journaliste Aibol Kojomouratov.”


Un autre incident impliquant un membre des forces de l’ordre a également eu lieu dans la soirée du 5 octobre : le journaliste de l’agence indépendante en ligne 24.kg Rouslan Kharizov s’est fait confisquer son téléphone par un policier alors qu’il diffusait en direct des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.


Les journalistes se retrouvent aussi pris à partie par les manifestants. Ce vendredi 9 octobre, alors qu’il couvrait en direct un rassemblement devant un bâtiment gouvernemental à Bichkek, la capitale, un journaliste de Radio Azattyk (version kirghize de la radio américaine Radio Free Europe / Radio Liberty, RFE/RL) a été menacé par des inconnus qui lui reprochaient de “mal couvrir” l’événement. Molesté, tiré par les bras et frappé à la jambe, le journaliste a dû quitter les lieux. Lors d’un autre incident, un manifestant a saisi de force le téléphone d’une journaliste de l’agence 24.kg alors qu’elle commençait à filmer un rassemblement près de l’Opéra. 


Avant même l’invalidation des résultats des élections et le début des manifestations, au moins deux autres agressions avaient eu lieu en marge du scrutin. Khamidoullo Ouzakov, du média indépendant Kloop, a été attaqué à Och, dans le sud du pays par deux inconnus qui ont tenté d’empêcher le journaliste de filmer, avant de se saisir temporairement de son téléphone, sans que la police postée à proximité n’intervienne. Une équipe de Radio Azattyk s’est aussi fait agresser à Talas, dans le nord-ouest du pays, par une femme exigeant l’arrêt du tournage.


Le président Sooronbay Jeenbekov a décrété ce vendredi 9 octobre l’état d’urgence à Bichkek. Il a aussi annoncé la tenue de nouvelles élections législatives, après leur annulation par la Commission électorale le 6 octobre, et envisage de quitter le pouvoir, à certaines conditions. 


Le Kirghizistan occupe la 82e place au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.