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26 novembre 2019 - Mis à jour le 27 novembre 2019

Malte : des organisations internationales s’inquiètent de possibles ingérences politiques dans l’enquête sur l’assassinat de Daphne Caruana Galizia

Manifestation devant le bureau du Premier ministre à Malte le 20 novembre
Reporters sans frontières (RSF) et plusieurs organisations internationales de défense de liberté de la presse exigent dans une lettre conjointe que l'enquête sur l'assassinat de Daphne Caruana Galizia soit menée en parfaite indépendance et impartialité et rappellent au Premier ministre, Joseph Muscat, qu’il ne peut y avoir d’ingérence politique dans ce dossier.

Un certain nombre d’événements se sont produits à Malte ces derniers jours dans l’enquête sur la disparition de la journaliste Daphne Caruana Galizia, dont l’arrestation d’un homme d’affaires Yorgen Fenech qui pourrait être impliqué dans le meurtre et d’un intermédiaire présumé, Melvin Theuma.

Or depuis l’arrestation de Yorgen Fenech le 20 novembre 2019, c’est le Premier ministre maltais Joseph Muscat qui a communiqué l’essentiel des informations sur les avancées de l’enquête, notamment sur les éventuelles grâces accordées aux suspects en échange d’informations et de preuve. Ni le chef de la police, ni le procureur général ne se sont adressés à l’opinion publique et aux médias.

Ceci fait craindre que le Premier ministre, en se plaçant au centre de l’enquête, interfère dans le cours du dossier d’autant qu’il a été révélé que deux de ses proches, son chef de cabinet  Keith Schembri et le ministre du Tourisme Konrad Mizzi avaient reçu via des sociétés panaméennes des paiements de plus de deux millions d’euros de la part de la société Black 17 dont le propriétaire n’est autre que Yorgen Fenech. Les deux hommes ont d’ailleurs démissionné le 26 novembre.

Compte tenu des intérêts financiers du cabinet du Premier ministre, nous estimons qu’il existe une réelle menace de conflit d’intérêts pour le chef du gouvernement. Des craintes renforcées par une séparation des pouvoirs particulièrement mince à Malte comme l’ont  souligné la Commission de Venise et l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) dans différents rapports. Le rapport de la Commission de Venise sur les pouvoirs du Premier ministre sur les institutions maltaises note que "des freins et contrepoids essentiels font défaut." 

La semaine dernière encore, la commission des affaires juridiques de l'APCE a mis en lumière l'incapacité du gouvernement maltais à mettre en œuvre les recommandations de la Commission de Venise de 2018 et de nombreuses autres réformes nécessaires pour remédier aux graves lacunes de l’Etat de droit à Malte.

Il est également important de noter que nos préoccupations au sujet de l’indépendance et de l’impartialité  de l’enquête interviennent dans un contexte où le Premier ministre lui-même continue de poursuivre en diffamation à titre posthume la journaliste et son fils Matthew.

La vérité concernant les circonstances et les responsabilités de cet assassinat de Daphne doit émerger. Le chef de la police et le procureur général doivent faire preuve de transparence. L'enquête doit être indépendante, impartiale et protégée de toute influence politique.

Signataires

ARTICLE 19

Committee to Protect Journalists

European Centre for Press and Media Freedom (ECPMF)

IFEX

International Press Institute 

PEN America 

PEN International 

Transparency International

Reporters sans frontières (RSF)

Scottish PEN