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28 avril 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’Union européenne sur le point de financer le régime répressif d’Issayas Afeworki


RSF demande à l’Union européenne de conditionner l’octroi d’aide supplémentaire à l’Érythrée à une amélioration significative des libertés fondamentales, dont la liberté de l'information, dans le pays. Le 11ème Fonds européen pour le développement (FED), instrument principal de l’aide communautaire à la coopération au développement, devrait très prochainement renouveler son assistance à son “partenaire” l’Érythrée, alors que ce pays de la Corne de l’Afrique continue de bafouer les liberté d’expression et d’information et plus globalement, les droits humains. Une délégation italienne s’est ainsi rendue en Érythrée entre les 24 et le 26 mars 2015 et a rencontré le président Issayas Afeworki et son conseiller politique Yemane Ghebreaben ainsi que plusieurs ministres. Elle aurait reçu de la part du conseiller présidentiel l’assurance que l’Érythrée mettrait en œuvre des réformes démocratiques, à sa façon dans les trois à cinq années à venir. Une promesse déjà faite à de multiples reprises sans qu’aucune évolution ne soit notée. Les autorités sont restées inflexibles sur la question des détention arbitraires de prisonniers politiques, y compris de nombreux journalistes, qui relèverait d’une question de haute trahison et de souveraineté nationale. “Il est stupéfiant que l’Union européenne fournisse une telle assistance au régime d’Issayas Afeworki sans demander la moindre contrepartie dans le domaine des droits de l’homme et de la liberté d’expression en Erythrée, un droit pourtant garanti par la Constitution du pays”, s’étonne Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Ce pays qui n’a jamais connu d’élections démocratiques n’est régi que par la volonté d’un seul homme. Comment l’Union européenne qui défend les valeurs de l’État de droit et de la démocratie peut-elle, dans ces conditions, soutenir un tel régime? S’il est important de maintenir un dialogue, à quel seuil place-t-on la complaisance envers un régime dictatorial, coutumier des promesses non tenues? Ne serait-ce que dans son propre intérêt, comme nous l’ont tristement rappelé récemment les naufrages mortels de migrants en Méditerranée, l’Union européenne devrait favoriser le développement d’un régime respectueux des droits humains qui permette aux jeunes Érythréens de se projeter dans l’avenir de leur pays autrement que dans la perspective d’une conscription forcée à durée indéterminée. RSF appelle l’Union européenne à demander en retour de ses financements des garanties de la part du gouvernement érythréen pour un plus grand respect des droits humains et notamment la libération des journalistes et prisonniers politiques et l’autorisation d’un pluralisme médiatique" conclut Cléa Kahn-Sriber. Ce n’est pas la première fois que l’UE finance le régime d’Issayas Afeworki. En 2009 déjà, RSF avait dénoncé l’enveloppe budgétaire accordée par le FED alors que la situation de plusieurs prisonniers politiques s’était considérablement aggravée et que les autorités arrêtaient de nouveau des journalistes. Malgré les promesses répétées de l’Érythrée d’améliorer sa situation des droits humains, la répression ne fait que s’aggraver dans ce petit pays qui détient le record de journalistes emprisonnés sur le continent. Les autorités d’Asmara opèrent un contrôle absolu de l’information, consécutif à la suspension de la presse privée en 2001 et aux tentatives répétées, depuis, d’étouffer le métier de journaliste et de brouiller les sources d’information indépendantes venues de l’extérieur. La moindre opinion critique entraîne une incarcération illimitée, sans jugement et dans des conditions intenables dans l’un des terribles centres de détention du pays. Des onze journalistes arrêtés en 2001, au moins sept sont morts en détention ou se sont suicidés depuis. L’Érythrée occupe pour la huitième année consécutive la dernière place du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. (Photo: Lapo Pistelli, ministre italien adjoint aux affaires étrangères à Asmara avec le président Issayas Afeworki)