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15 décembre 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Lettre ouverte à Yahya Jammeh: Justice pour Deyda Hydara


Dix années ont passé depuis que Deyda Hydara, correspondant pour Reporters sans frontières et l’Agence France Presse, a été lâchement assassiné alors qu’il sortait des locaux The Point, journal indépendant qu’il avait cofondé. Dix années sans que ses assassins ne soient traduits en justice, ni même identifiés. Quelques jours avant sa mort, le journaliste gambien avait eu le courage de critiquer un projet de loi liberticide pour la presse que le régime du président Yahya Jammeh s'apprêtait à instaurer. Monsieur Yahya Jammeh Président de la République de Gambie State House Banjul,Gambie Paris, 12 décembre 2014 Monsieur le Président, A l’aube du dixième anniversaire de la mort de Deyda Hydara, éminent journaliste gambien, correspondant de Reporters sans frontières et de l'Agence France Presse, lâchement assassiné le 16 décembre 2004, je vous écris pour vous enjoindre à mettre un terme à dix longues années d’impunité. Le 10 juin 2014, la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a déclaré la République de Gambie coupable d'avoir violé les provisions contenues dans la Charte africain des droits de l'homme et des peuples ainsi que dans le Traité révisé de la CEDEAO, deux textes auxquels la Gambie est partie. La cour reconnaît plus avant que l'Etat gambien a manqué à ses obligations en ne menant pas d'enquête rigoureuse sur l’assassinat du journaliste Deyda Hydara. Plus encore, elle reconnaît votre gouvernement coupable d’avoir contribué aux conditions de sa mort en tolérant et en favorisant un climat d’impunité dans le pays. Plusieurs pays de la communauté internationale se sont ensuite exprimés demandant l'application du jugement de la Cour et la mise sur pied d'une mission d'enquête des Nations Unies. Bien que la délégation gambienne a répondu favorablement en déclarant qu’une investigation des Nations Unies serait la bienvenue sur le territoire gambien, à ce jour les enquêteurs des Nations unies qui tentent de se rendre en Gambie se sont vu refouler. "Quiconque souhaite vivre en paix et en liberté devra travailler dur, faire preuve d'une grande discipline et de tolérance envers autrui" Ceci n'est pas un parabole, monsieur le Président, c'est une de vos citations. Nous vous demandons aujourd'hui de mettre en œuvre vos paroles et de faire preuve de discipline dans le respect de vos obligations internationales. L'enquête sur le meurtre atroce de Deyda Hydara doit être réouverte afin que l'impunité et l'arbitraire cessent d'être les modes de fonctionnement du gouvernement gambien. Justice doit être rendue aux proches de Deyda Hydara. En vous priant d'agréer, Monsieur le Président, mes salutations disntinguées. Christophe Deloire Secrétaire général