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10 septembre 2021

Les talibans sont-ils en train de montrer leur vrai visage aux journalistes ?

Les journalistes Taqi Daryabi et Nematullah Naqdi (Etilaat Roz) tabassés et fouettés avec des câbles par les Talibans le 8 septembre 2021. © Marcus Yam / Los Angeles Time
La multiplication des arrestations de journalistes et des comportements violents à leur encontre en l’espace de quelques jours marque un tournant inquiétant. Manifestement, ils tombent le masque, sauf à prouver très vite le contraire.

Journalistes afghans chassés à coups de câbles, arrêtés, battus par les talibans… Certains ont subi des exactions qui s’apparentent à de la torture. Depuis le début de la semaine, les incidents se multiplient à Kaboul et dans plusieurs villes de province. “Moins d’un mois après leur prise de pouvoir, les talibans sont semble-t-il en train de tomber le masque, dénonce le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Cette vague de répression contre la presse est survenue précisément au lendemain de l’annonce du nouveau gouvernement. Que reste-t-il des engagements des talibans à respecter la liberté de la presse et protéger les journalistes ? Le seul moyen pour les talibans de faire la preuve que leurs engagements valent quelque chose est de faire comparaître au plus vite les auteurs de ces violences et d’empêcher que de nouvelles violations des droits élémentaires des journalistes soient perpétrées.”


C’est dans la capitale afghane où le dernier rassemblement de femmes mercredi 8 septembre a été, trois heures après sa dispersion, déclaré illégal par les autorités que les talibans ont été les plus violents. Le témoignage des photographes et du caméraman  du quotidien Etilaat Roz (‘Jour d’info’), Taqi Daryabi et Nematullah Naqdi sont édifiants : arrêtés alors qu’ils couvraient un rassemblement de femmes à Kaboul, puis emmenés dans un poste de police, ils ont alors été séparés avant d’être tabassés et fouettés avec des câbles. Lorsque trois autres journalistes de leur rédaction, Kadhim Karimi, Lutfali Sultani et Aber Shaygan, sont arrivés au poste de police pour demander leur libération, ils ont également été arrêtés. “Mes collègues veulent savoir ce que sont devenues les personnes qui les ont torturées et demandent justice" explique 48 heures après les incidents, le rédacteur en chef d’Etilaat Roz, Zaki Daryabi.


Les journalistes étrangers, qui étaient jusqu’à présent tolérés et parvenaient à continuer à travailler, sont aussi inquiétés. Le photographe du journal LA Times Marcus Yam explique sur Twitter comment il a été empêché de couvrir la manifestation des femmes, au prétexte que “l’islam interdit de prendre des photos de femmes”. Une photographe étrangère témoigne avoir eu son matériel saisi à deux reprises en deux jours et demi. La première fois, elle revenait de reportage de la région du Panshir, la deuxième fois, elle était sur les lieux de la manifestation qui venait d’être dispersée. Le journaliste étranger qui était avec elle à lui été frappé à coup de tuyau, avant d’être arrêté, puis relâché deux heures plus tard. “Ils commencent à jouer sur la peur, ils te montrent des appareils photos cassés et ils te disent ‘Toi si je te revois dans une manifestation, ton appareil photo va finir comme ça’”, témoigne la journaliste française.


Qu’ils soient correspondants étrangers ou journalistes locaux, tous craignent désormais d’être arrêtés et fouillés aux checkpoints installés un peu partout dans la capitale. Des coupures internet ont également été signalées dans les quartiers où se sont déroulées les manifestations. L’information selon laquelle, les talibans envisagent d'édicter de nouvelles règles en matière de communication numérique et cherchent à contrôler les échanges sur les réseaux sociaux ainsi que les applications de type WhatsApp ajoute à l’inquiétude des journalistes qui voient leur champ d’activité se réduire un peu plus chaque jour.


Lors de la publication de l’édition 2021 du Classement mondial de la liberté de la presse en avril dernier, l’Afghanistan se situait à la 122e place sur 180 pays.