Actualités

23 avril 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Les menaces sur le pluralisme de l'information se précisent


Silvio Berlusconi multiplie les pressions sur la RAI et renie son engagement de régler le conflit d'intérêt entre ses fonctions de chef de l'exécutif et de propriétaire du principal groupe de médias privés. RSF demande au président Ciampi, garant de la Constitution, d'opposer son veto à la loi sur le "conflit d'intérêt", actuellement en discussion au Sénat.
Dans une lettre adressée à Carlo Azeglio Ciampi, président de la République italienne, Reporters sans frontières (RSF) s'est alarmée des attaques du président du Conseil Silvio Berlusconi contre plusieurs journalistes de la télévision publique italienne, et l'a appelé à opposer son veto à la loi sur le "conflit d'intérêt" actuellement en discussion au Sénat. "Les craintes que nous exprimons depuis des mois se trouvent aujourd'hui confirmées. Silvio Berlusconi multiplie les pressions sur la RAI, y place ses hommes de confiance, et renie son engagement de régler le conflit d'intérêt entre ses fonctions de chef de l'exécutif et son groupe de médias privés. Le projet de loi examiné actuellement par le Sénat est en effet sans portée réelle", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. "Nous vous demandons aujourd'hui d'opposer votre veto à cette loi, de demander de véritables garanties et de vous élever clairement, en tant que gardien de la Constitution, contre la menace qui pèse actuellement sur le pluralisme et la liberté de l'information en Italie" a ajouté M. Ménard. D'après les informations recueillies par RSF, Silvio Berlusconi, chef du gouvernement italien et propriétaire du groupe de médias privés Mediaset, a vivement attaqué le 19 avril 2001, au cours d'une conférence de presse à Sofia en Bulgarie, trois journalistes de la télévision publique italienne RAI connus pour leur ton critique à l'égard du gouvernement, et a exigé implicitement leur départ. Le chef du gouvernement a notamment déclaré que "l'utilisation que Biagi, Santoro, et Luttazzi font de la télévision publique, payée par l'argent de tous les contribuables, est criminelle". Quelques jours auparavant, le 16 avril, trois personnalités proches de la coalition de gouvernement ont été nommées à la tête de la direction des programmes et des informations de deux des trois chaînes de la RAI. RSF rappelle que Silvio Berlusconi contrôle, par ailleurs, par l'intermédiaire de la holding Fininvest, le premier groupe de télévision privé italien, Mediaset, fort des trois principales chaînes privées nationales du pays, et qu'il est l'un des actionnaires de contrôle du groupe Mondadori, l'un des principaux groupes italiens de presse et d'édition. Il s'était engagé, en mai 2001, à résoudre le conflit entre ses intérêts dans le groupe audiovisuel Mediaset et ses fonctions de chef de l'exécutif. Or, le texte actuellement discuté au Parlement se limite à prévoir la création d'une autorité chargée de veiller à ce que les responsables gouvernementaux ne prennent pas de décisions favorisant leurs intérêts privés. En revanche, il ne remet nullement en cause l'autorité et l'influence de Silvio Berlusconi sur le groupe Médiaset, qui demeure sa propriété. La version initiale du texte, adoptée par la Chambre des députés, a dû être modifiée. Ella avait été jugée - de l'avis de l'ensemble des observateurs - tellement insuffisante que la majorité parlementaire aurait craint que le président de la République refuse de la signer. Ce dernier n'a semble-t-il pas envisagé cette éventualité, malgré plusieurs déclarations manifestant son attention à l'enjeu du pluralisme de l'information.