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24 janvier 2017 - Mis à jour le 30 janvier 2017

Les médias, ennemi public numéro un, selon Trump

Reporter sans frontières (RSF) s’inquiète des attaques répétées contre les médias de la part de la nouvelle administration américaine et du mépris flagrant pour les faits que ce gouvernement a affiché dès les trois premiers jours du mandat de Donald Trump. RSF appelle le président des Etats-Unis à défendre le Premier Amendement au lieu de le discréditer.

Dans les 72 heures qui ont suivi la prestation de serment du 45e président des Etats-Unis, la nouvelle administration s’est livrée à une attaque coordonnée des médias, témoignant d'un mépris évident pour les faits.

« Il ne fait aucun doute que Donald Trump considère les médias comme son ennemi numéro un et qu’il profite de n’importe quelle occasion pour affaiblir leur crédibilité, déclare Margaux Ewen, en charge de la communication et du plaidoyer pour RSF Amérique du Nord. Dès lors qu’un reportage n’abonde pas dans le sens du gouvernement et ne véhicule pas les mêmes messages d’autoglorification, ou dès lors qu’il est jugé en défaveur de Donald Trump, il est immédiatement taxé d’inexactitude et d’irresponsabilité. RSF tient à rappeler à l’administration Trump que la presse n’est pas chargée des relations publiques du président, mais qu’elle se doit de rapporter la vérité dans le but de tenir les membres du gouvernement responsables, quoi qu’en dise l’attaché de presse de la Maison blanche, Sean Spicer. Il est par ailleurs tout aussi inquiétant de constater que Sean Spicer et les conseillers de Donald Trump ont déjà menti de manière répétée à la presse, en dépit de preuves irréfutables contredisant leurs propos. »



Des faits alternatifs


Samedi dernier, lors de son premier jour à la tête du pays, le président Trump a vigoureusement attaqué les médias, estimant, dans un discours prononcé au siège de la CIA, que les journalistes étaient « parmi les êtres humains les plus malhonnêtes de la Terre ».


L’attaché de presse de la Maison blanche, Sean Spicer, a utilisé la même rhétorique lors de sa première conférence de presse après l’inauguration. A cette occasion, il a durement réprimandé les journalistes pour avoir « délibérément fourni de fausses informations » en ce qui concerne la présence d’un buste de Martin Luther King Jr dans le bureau ovale ainsi que la taille de la foule lors de l’inauguration. Il a déclaré que « les photographes présents lors des festivités faisaient partie d’un coup monté visant à minimiser le nombre de supporters à Washington ». Il a par la suite faussement affirmé qu’il s’agissait du « plus important rassemblement jamais vu pour une cérémonie d’inauguration. A la fois sur place et à travers le monde. » Il a fait plusieurs autres fausses déclarations durant cette conférence de presse et a également estimé que « les tentatives des médias visant à atténuer la ferveur lors de l’inauguration étaient honteuses et injustes. » « Nous tiendrons la presse pour responsable », a ajouté Sean Spicer, avant de refuser de répondre à la moindre question des journalistes.



Dimanche, au cours d’une interview avec le journaliste de CNN Chuck Todd, la conseillère du président Kellyanne Conway a quant à elle prétendu que Sean Spicer avait présenté des « faits alternatifs ». Questionnée sur les raisons ayant poussé Sean Spicer à faire de fausses déclarations de manière répétée lors de sa conférence, Kellyanne Conway est allée jusqu’à affirmer que l’administration Trump pourrait avoir à « repenser ses relations » avec la presse.



« Les attaques simultanées contre la presse en raison de reportages prétendument ‘inexacts’ et le recours à des ‘faits alternatifs’ pour contredire ces reportages sont des méthodes dignes d’un gouvernement autoritaire, dénonce Delphine Halgand, directrice du bureau Amérique du Nord de RSF. Les prédateurs de la liberté de la presse à travers le monde ont les yeux rivés sur Donald Trump et s’en inspirent. C’est affreux d’imaginer que cela va les conforter dans leurs attaques envers les journalistes dans le monde entier. »



Des incidents lors de l’inauguration



Le jour même de l’inauguration, le ministère de l’Intérieur américain a été banni de Twitter après que son compte a retweeté des photos comparant la foule présente lors de l’investiture de Donald Trump à celle présente en 2009 pour Barack Obama. Par ailleurs, Jeffrey Ballou, le président du Club national de la Presse, a affirmé que plusieurs reporters accrédités s’étaient vu refuser l’accès à des évènements liés à l’inauguration. RSF a notamment été alertée d’un incident avec un reporter de CNN, qui a été interdit d’entrée au Deploraball, le bal des supporters de Donald Trump organisé à la veille de l’investiture.



Le reporter vidéo du Washington Post a quant à lui été jeté à terre par la police pendant qu’il couvrait les arrestations de dizaines d’opposants à Donald Trump, alors que des émeutes éclataient dans la ville. Le photographe d’AJC, Hyosub Shin, a pour sa part été aspergé de gaz lacrymogène sur le visage alors qu’il couvrait les mêmes émeutes à Washington. Trois journalistes ont été arrêtés avec des manifestants: Alexander Rubinstein, qui travaille pour RT, Evan Engel qui travaille pour Vocativ, et Aaron Cantu, journaliste indépendant qui a travaillé pour Al Jazeera, parmi d'autres médias. Ils sont accusés de participation à une émeute et encourent chacun une peine allant jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et $250,000. Depuis, The Guardian a révélé qu'un documentaire et deux autres journalistes arrêtés ce même jour encourent les mêmes peines.


Le 27 janvier, RSF a appris que les charges contre Evan Engel ont été retirées. Le 30 janvier, les mêmes charges contre Alexander Rubinstein et deux autres journalistes ont été retirées.


Les Etats-Unis occupent la 41ème place sur 180 pays au Classement RSF de la liberté de la presse.


Image credit: NICHOLAS KAMM / AFP