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30 octobre 2017 - Mis à jour le 31 octobre 2017

Les îles Tonga musèlent leur audiovisuel public à deux semaines des élections générales

Viola Ulakai (gauche) et Laumanu Petelō (milieu) font face depuis trois ans aux pressions du Premier ministre Samuela ‘Akilisi Pōhiva (Photos : RNZI / Twitter / Kalino Lātū - Kaniva Tonga News).
La nouvelle direction de l’audiovisuel public des Tonga, en Polynésie, vient d’écarter les deux journalistes qui dirigeaient la rédaction. Reporters sans frontières (RSF) s’associe aux voix de l’archipel qui condamnent ce qui apparaît comme une mise au pas du média, à quinze jours des élections générales.

C’est une nouvelle étape dans la prise de contrôle de l’audiovisuel public par le gouvernement tongien. Il y a un mois, les autorités du royaume ont remplacé l’ancien directeur de la Tonga Broadcasting Commission (TBC), qui regroupe deux chaînes de télévision et deux stations de radio, par Tevita Tu’i Uata, un proche du Premier ministre Samuela ‘Akilisi Pōhiva. Dans la foulée, le nouveau directeur a décidé de priver les deux principales journalistes du groupe audiovisuel de toute responsabilité éditoriale.


Laumanu Petelō, rédactrice en chef de la TBC, et Viola Ulakai, directrice de l’information, ont appris la semaine dernière qu’elles étaient écartées de la rédaction pour être mutées au service des ventes et du marketing. Selon leur avocat, Clive Edwards, cette décision est illégale au regard du contrat de travail des deux journalistes. Surtout, il juge cette situation “dangereuse, à cause de l’attitude de ce directeur, qui utilise sa position pour faire campagne”. Et l’avocat d’affirmer que les autorités “essayent de contrôler les médias en vue des élections”, faisant référence au scrutin législatif prévu le 16 novembre prochain.


“Depuis son arrivée au pouvoir fin 2014, le gouvernement Pōhiva n’a cessé d’intimider les voix dissonantes de la TBC, rappelle Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Le Premier ministre doit comprendre que service public ne signifie pas propagande gouvernementale. Si des garanties d’indépendance des médias ne sont pas rapidement apportées, les instances internationales, notamment le Commonwealth, devront clairement reconsidérer les aides qu’elles apportent à l’archipel.”


Depuis trois ans, le gouvernement Pōhiva a lancé plusieurs actions en justice contre les deux journalistes. En avril 2016, Viola Ulakai a été suspendue sur recommandation du ministre des Entreprises publiques, parce qu’elle aurait posé des “questions trop dures” au chef du gouvernement.


En mars dernier, lors d’une conférence de presse, Laumanu Petelō a dû mettre les choses au clair en s’adressant au Premier ministre : “Nous ne sommes pas votre ennemi.” La phrase faisait suite à un commentaire du chef du gouvernement : selon lui, les journalistes de la TBC “affirment que la liberté de la presse doit être la même pour tout autre média dans les Tonga, mais ils doivent comprendre qu’il y a une différence fondamentale entre un média privé et un média gouvernemental. Pour moi, leur rôle principal, c’est de faciliter le travail du gouvernement”. Le Premier ministre a averti dans la foulée que les opérations de la TBC allaient être “revues” dans les prochains mois.


Ayant perdu 12 places en un an, le royaume des Tonga occupe le 49ème rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017 établi par RSF.