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11 mars 2021

Les conditions de travail pour les femmes journalistes en Afghanistan se dégradent

Le dernier rapport annuel du Centre pour la protection des femme journalistes en Afghanistan (CPAWJ), publié à l’occasion de la journée des droits des femmes, révèle la dégradation croissante de la situation des femmes journalistes dans le pays.

Dans son nouveau rapport annuel, le Centre pour la protection des journalistes afghanes (Center for the Protection of Afghan Women Journalists, CPAWJ) décrit une situation de plus en plus critique pour les professionnelles de l’information dans le pays. Le document pointe du doigt, comme facteurs essentiels de cette dégradation, l’insécurité, les menaces, la Covid-19 et le processus des pourparlers de paix, et fait état des inquiétudes suscitées par la place de la femme dans la société.


Depuis le 17 mars 2020, le CPAWJ a recensé au moins 100 cas de violences - insultes, agressions physiques, menaces de mort, voire assassinat - auxquels les femmes journalistes ont été confrontées. Sur les 21 cas pour lesquels le Centre a été directement sollicité par les journalistes concernées, 10 ont été évalués par le ministère de l’Intérieur, cinq ont fait l’objet d’une enquête de police, et quatre femmes journalistes ont été transférées dans des refuges. 


Le rapport montre aussi que les journalistes afghanes sont durement touchées par les conséquences du confinement lié à la pandémie. Selon les chiffres officiels, 20 % d’entre elles ont perdu leur emploi ou ont été contraintes à prendre un congé sans solde par leur employeur. Seules quelques-unes de ces journalistes ont eu la chance de retrouver leur travail, alors même que certains médias ne sont toujours pas parvenus à améliorer leur situation financière depuis la fin du confinement.


Enfin, les femmes journalistes s’inquiètent de constater que leurs revendications - et elles-mêmes - sont ignorées dans les négociations de paix. Le CPAWJ insiste sur son appel du 20 août 2020, qui demandait au gouvernement afghan, à la communauté internationale et aux pays impliqués dans les questions afghanes, dont les États-Unis, de parvenir à un accord immédiat sur le cessez-le-feu. L'appel, qui a été soutenu par plus de 200 militants de la société civile, des responsables gouvernementaux, des directeurs de média et des journalistes, réclame plus de protection et de sécurité pour les femmes journalistes, et la garantie de liberté d’information et d'expression dans les pourparlers intra-afghans.


Dans son rapport, le CPAWJ indique également que 94 organisations médiatiques, sur les 173 qui ont signé la charte (43 à Kaboul, la capitale, et 130 dans 19 provinces), sont restées fidèles à l’application de la charte contre les harcèlements des femmes journalistes, également soutenue par des militants des droits civils.


Elaborée par le Centre, en partenariat avec Reporters sans frontières (RSF), il y a environ trois ans, cette charte a pour but de promouvoir la position de la femme, de soutenir les femmes journalistes, de répondre à leurs problèmes et à leurs plaintes, et de réduire la discrimination entre les sexes. « 173 des 325 médias nationaux et locaux ont signé la charte, mais les problèmes de sécurité et de tradition, ainsi que les défis économiques restent des obstacles majeurs à sa mise en œuvre », peut-on lire dans un compte-rendu du CPAWJ. 


Alors qu’en moins de quatre mois, quatre femmes journalistes et collaboratrices des médias ont été assassinées en Afghanistan, la directrice du CPAWJ, Farida Nekzad, à l’occasion de la journée du 8 mars et de la publication du rapport RSF « Le journalisme face au sexisme », ne cachait pas ses inquiétudes : « Supprimer les femmes journalistes revient à imposer le silence à toutes les autres », résume-t-elle. « En Afghanistan, les hommes pensent à travers leur regard d’homme. Ils ne veulent pas prêter attention aux problématiques qui nous concernent. Une rédaction sans femmes, c’est l’assurance que de nombreux sujets ne seront jamais couverts. »


L’Afghanistan se situe à la 122e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.