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11 juin 2019

Les agences allemandes de renseignement, autorisées à pirater des médias

Le siège du service fédéral de renseignement (BND) à Berlin, AFP
Dans le cadre d’un projet de loi élaboré par le ministère de l’intérieur allemand, les services fédéraux de renseignement intérieur et extérieur pourront bientôt pirater en toute légalité des serveurs, ordinateurs et téléphones portables. Ces agences seront autorisées à intercepter les communications cryptées de sociétés d’édition, de chaînes de télévision, de radios et dans certains cas de journalistes indépendants, et à rechercher clandestinement les données numériques de journalistes ce qui leur permettra d’identifier leurs sources.

Les recherches menées par la section allemande de Reporters sans frontières (ROG) sur le sujet ont donné lieu à  un important débat, ce projet de loi pouvant mettre en péril le droit au secret des sources des journalistes, théoriquement garanti par la constitution. “Si la protection des sources est abolie, les professionnels des médias et leurs sources perdraient ce qui fonde leur confiance mutuelle,  déclare Christian Mihr, Directeur Exécutif de RSF Allemagne. Le ministre allemand de l’intérieur Horst Seehofer doit immédiatement mettre un terme au projet de réforme de son ministère,” ajoute Christian Mihr.


Dans son communiqué, RSF Allemagne explique comment ces attaques numériques planifiées pourraient nuire au travail des journalistes. Grâce à un logiciel espion piratant les appareils informatiques, les autorités chargées d’une enquête pourraient mener ces actions dites de “recherches en ligne” (Online-Durchsuchng) et accéder à toutes les données disponibles. Ainsi, les services de renseignement pourraient sauvegarder et scanner l’ensemble des documents, enregistrements d’interview et historiques de recherche d’un journaliste.


Selon le projet du ministère de l’intérieur, les agences de renseignement seraient autorisées à utiliser ces outils de surveillance contre des médias. Le service de renseignement national espionnerait les médias nationaux tandis que le service de renseignement extérieur (BND)  serait autorisé à pirater un média étranger. Même si le texte actuel prévoit de respecter certains droits des journalistes, les restrictions légales seraient moindres pour les autorités quand il s’agit d’un média étranger. En effet, le BND serait habilité à pirater un média étranger afin d’assurer “la capacité d’agir de l’Allemagne”. Par exemple, Le service de renseignement extérieur allemand serait autorisé à pirater les serveurs du Washington Post si cela pouvait servir l’intérêt de la politique étrangère allemande.


Les “recherches en ligne” représentent uniquement la partie émergée de l’iceberg. En effet, le projet de loi du ministère de l’intérieur prévoit également une série de mesures supplémentaires qui permettraient au renseignement de surveiller les activités des journalistes. Les agences seraient autorisées à écouter les communications cryptées entre des reporters et leurs sources, et à accéder par exemple à leurs réservations de train ou locations de voitures menées dans le cadre de leur travail.


Les révélations de RSF Allemagne ont provoqué l’indignation des journalistes allemands. L’hebdomadaire d’investigation Der Spiegel a appelé sur son site internet les médias allemands à protester contre ce projet de loi jusqu’à ce que le ministère de l'intérieur y renonce. Le projet de loi a aussi été commenté par le Parti Social Démocrate (SPD), membre de la coalition gouvernementale, qui a indiqué être opposé à cette réforme. Le ministre de l’intérieur Horst Seehofer a déclaré qu’il souhaitait continuer de garantir une protection “spéciale” aux journalistes en se gardant d’évoquer les effets de ce piratage sur leur travail. sans préciser que les journalistes ne devraient pas être les cibles d’un piratage informatique de la part des services de renseignement. Dans ce contexte, RSF Allemagne continuera à lutter contre tout ce qui s’apparenterait à de la surveillance en ligne de médias allemands ou étrangers.


L’Allemagne figure à la 13ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse, établi par RSF. Plus d’informations sont disponibles sur www.reporter-ohne-grenzen.de/deutschland.