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11 juin 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’Erythrée, dernier pays au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF


Dans son rapport sur la situation des droits de l'Homme en Erythrée, la commission d'enquête des Nations unies dénonce des violations perpétrées par le régime d’Issayas Afeworki équivalentes à des crimes contre l'humanité. Parmi ces crimes, des arrestations et détentions arbitraires de journalistes. La commission d'enquête des Nations unies a rendu public, le 8 juin 2015, son rapport sur la situation des droits de l'Homme en Erythrée. Bien qu'elle n'ait pas été autorisée à se rendre dans le pays, elle a pu dresser, à travers plus de 500 entretiens avec des Erythréens en exil, et 160 contributions écrites, dont celle de RSF, un tableau des violations systématiques des droits de l'Homme. De graves atteintes qui équivalent à des crimes contre l'humanité. Parmi les personnes visées systématiquement par le régime, les journalistes, victimes d'arrestations et de détentions arbitraires ainsi que de disparitions forcées. "Reporters sans frontières (RSF) salue la publication de ce rapport qui met en lumière l'aspect systématique et généralisé des violations des droits de l'Homme en Erythrée. Nous sommes heureux d'avoir pu contribuer à notre échelle aux enquêtes de la commission. La situation en Erythrée ne peut plus être ignorée de la communauté internationale ! Il est crucial que le mandat de rapporteur spécial sur l'Erythrée soit renouvelé pour continuer de mener des enquêtes sur ce pays, trou noir de l’information.” Les rafles de 2001 ordonnées par le président, prédateur de la liberté de la presse, Issayas Afeworki contre les opposants et les journalistes de médias privés ont sonné le glas de la presse indépendante. “La liberté de la presse est une victime de la volonté du gouvernement de contrôler la société", analyse la commission. A partir de cette date, les seules informations tolérées sont celles sanctionnées par le gouvernement érythréen, dont les censeurs revoient systématiquement tout article avant sa parution. Plus préoccupant encore est le sort réservé aux journalistes à l'intérieur du pays. Depuis 2001 11 journalistes ont été victimes de disparition forcée. Au moins sept d’entre eux sont morts en détention et on ignore le sort des quatre autres. D'autres sont emprisonnés arbitrairement, détenus à l’isolement dans des conditions inhumaines depuis des années sans perspective de jugement ou de libération, sans même savoir ce qui leur est reproché. En 2010, un câble WikiLeaks révélait les conditions atroces de détention des journalistes et opposants au régime érythréen et notamment l’existence de cellules souterraines et de conteneurs métalliques installés en plein désert faisant office de prison. Selon les chiffres de l’ONG, au moins 16 journalistes sont actuellement emprisonnés, faisant de l’Erythrée la plus grande prison d'Afrique pour les journalistes. L’un des plus célèbres est le Suédo-Erythréen Dawit Isaak dont RSF a soutenu le cas, entre autres devant la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples lors de la dernière session à Banjul en avril 2015. Reporters sans frontières la aussi soumis une contribution écrite au Conseil des droits de l’Homme des Nations unies en vue de la session qui débute le 15 juin 2015. Des milliers d’Erythréens, dont des dizaines de journalistes, n’ont eu d’autre choix que de fuir cette répression aveugle et de quitter leur pays. Reporters sans frontières tente de suivre le maximum de dossiers de journalistes érythréens en exil. L’ONG soutient également le travail d’une radio indépendante érythréenne, Radio Erena, qui émet depuis Paris à destination de la population en Erythrée et de sa diaspora. Dans ses conclusions, la Commission recommande au gouvernement érythréen de libérer immédiatement et sans conditions, les personnes détenues arbitrairement, y compris les journalistes. Elle demande que soit mis en place un mécanisme pour localiser efficacement les personnes disparues et transmettre ces informations aux familles des disparus. Enfin, elle rappelle l’importance de prendre des mesures immédiates pour permettre l'opérationalité des médias indépendants, y compris en alignant les lois nationales sur les standards internationaux, et protéger les journalistes de l'arbitraire et des arrestations. Reporters sans frontières a prévu de faire une contribution orale soutenant ces recommandations devant le Conseil des droits de l'Homme dont la session doit s'ouvrir le 15 juin et lors de laquelle l'Erythrée sera un des pays en discussion. Depuis huit années consécutives, l'Erythrée est le dernier pays au Classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Pour plus d'informations sur l'Erythrée, cliquez ici. Photo credit : Sheila B. Keetharuth, ONU