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5 mai 2020

Le reporter pakistanais Sajid Hussain, en exil en Suède, a été retrouvé mort dans une rivière

Le corps décédé de Sajid Hussain, a été repêché dans la rivière Fyris le 23 avril 2020 (photo : Balochistan Times).
Reporters sans frontières (RSF) exprime sa plus profonde préoccupation après que le corps mort du journaliste Sajid Hussain a été identifié par la police suédoise. L’organisation appelle les enquêteurs à n’écarter aucune piste quant aux causes de son décès.

Il avait, pour la dernière fois, été vu le 2 mars dernier, à Uppsala, au nord-est de Stockholm. L’ADN du rédacteur en chef du site Balochistan Times, Sajid Hussain, a été formellement identifié par la police suédoise, vendredi 1er mars, après que celle-ci eut repêché un corps mort non identifié dans une rivière qui traverse la ville, le 23 avril.


Le porte-parole de la police, Jonas Eronen, cité par l’AFP, a affirmé qu’une “première autopsie a permis de réduire les soupçons selon lesquels [Sajid Hussain] aurait été victime d'un crime". Toutefois, selon les premiers éléments de l’instruction, la piste criminelle n'est pour l’heure pas complètement écartée.


Et pour cause : selon les témoignages de son épouse, de son frère et de deux de ses collègues, recueillis par RSF, Sajid Hussain ne présentait aucun signe extérieur laissant penser qu’il aurait eu des pensées suicidaires. Quant à la piste de l’accident, les enquêteurs n’ont pour l’heure avancé aucun élément concret permettant d’appuyer cette hypothèse.


Sujets sensibles


"Tant que l’hypothèse d’un crime ne peut pas être exclue, il y a encore un risque que sa mort soit liée à son travail de journaliste, estime Erik Halkjaer, président de la section suédoise de RSF. Nous appelons la procureure spéciale en charge de l’affaire, Ulrika Lindsö, à n’écarter aucune piste quant aux causes qui ont conduit au décès du reporter.”


“Durant son travail de reporter, Sajid Hussain s’est fait un nom en dénonçant le trafic de drogue, les violations des droits humains, les disparitions forcées et les mouvements d'insurrection qui agitent sa région d’origine, le Baloutchistan, note Daniel Bastard responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Autant de sujets particulièrement sensibles qui pourraient lui valoir des représailles, après l'avoir déjà contraint à l'exil il y a huit ans.”


Le décès de Sajid Hussain est d’autant plus préoccupant qu’un mois, jour pour jour, avant sa disparition, le blogueur pakistanais Ahmad Waqass Goraya, exilé pour sa part aux Pays-Bas, avait été attaqué et menacé de mort devant chez son domicile de Rotterdam par deux individus qui, selon lui, “reproduisait le modus operandi des services secrets pakistanais.

 

Selon des informations confidentielles obtenues par RSF, une liste de dissidents pakistanais réfugiés à l’étranger circule actuellement au sein de l’Inter-Services Intelligence (ISI), les tout-puissants services de renseignement pakistanais.

 

En chute de trois places par rapport à 2019, le Pakistan se classe 145e sur 180 pays dans l’édition 2020 du Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF. La Suède perd une place, et se retrouve en 4ème position.