Actualités

26 septembre 2019 - Mis à jour le 27 septembre 2019

Le reporter indien Nagarjuna Reddy attaqué et laissé pour mort en raison de ses enquêtes sur la corruption

"Nagarjuna Reddy incarne un journalisme courageux et opiniâtre, qui n’a pas peur d’enquêter sur les intérêts privés de certains quand ceux-ci vont à l’encontre de l’intérêt public" (photo d'archives - Nagarjuna Reddy).
C’est la troisième attaque sérieuse en trois ans contre ce journaliste, connu pour ses articles opiniâtres contre un élu local et contre la corruption généralisée qui entoure la mafia du sable dans sa région de l’Andhra Pradesh, sur la côte est de l’Inde. Reporters sans frontières (RSF) exige qu’une enquête indépendante identifie les vrais commanditaires de cet acte odieux.

Il a échappé in extremis à la mort. Alors qu’il rentrait d’un poste de police de la ville d’Ongole, au soir du lundi 23 septembre, Nagarjuna Reddy, rédacteur au journal en langue telugu Neti Surya, a été sauvagement attaqué par 25 individus armés de bâtons, de barres de fer et d’armes blanches. Ils l’ont mené dans un endroit isolé pour le battre et le torturer, avant d’abandonner son corps, pensant vraisemblablement qu’il était mort. Le journaliste ne doit son salut qu’à l’intervention de passants, qui l’ont emmené à l’hôpital de la ville voisine de Chirala.


Grièvement blessé sur tout le corps, l’une de ses jambes est brisée. “Il va être cloué au lit pour les quatre à cinq mois qui viennent”, soupire son confrère et ami Ravi Kumar, journaliste au quotidien Sakshi, interrogé par RSF après qu’il l’a rencontré à l’hôpital mercredi.


“C’est la troisième attaque majeure contre lui depuis 2017, complète Charan Teja, rédacteur à The News Minute, dans la mégapole voisine d’Hyderabad. Il avait ouvertement averti qu’il faisait l’objet de menaces de mort de la part d’un politicien du cru.” Le journaliste avait même porté plainte à la police.


“Journalisme courageux”


“Nagarjuna Reddy incarne un journalisme courageux et opiniâtre, qui n’a pas peur d’enquêter sur les intérêts privés de certains quand ceux-ci vont à l’encontre de l’intérêt public, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Les attaques répétées et extrêmement violentes comme celle qui vient de le frapper en sont d’autant plus choquantes. Compte tenu de la corruption généralisée qui règne au sein des élites locales, nous appelons le Premier ministre de l’Etat de l’Andhra Pradesh, Jaganmohan Reddy, à diligenter une enquête indépendante pour identifier et traduire devant la justice les vrais commanditaires de ces attaques.”


Suite au témoignage du journaliste recueilli sur son lit d’hôpital, et à celui par son épouse Jyothi, la police a annoncé avoir arrêté cinq individus. Tout porte à croire que les assaillants ont attaqué Nagarjuna Reddy en raison de ses articles sur le député Amanchi Krishna Mohan, élu à l’Assemblée de l’Andhra Pradesh, et ses liens avec la mafia du sable du district de Chirala.


C’est déjà en réponse à une enquêtes sur des mines de sable illégales que le reporter avait été violemment battu en 2018. “Ils lui avait déjà cassé la même jambe que celle qui est à nouveau brisée”, explique un journaliste basé à Ongole, interrogé par RSF sous condition d’anonymat.


Inaction de la police


Un an plus tôt, en février 2017, le journaliste avait presque été lynché en pleine rue par une meute d’individus extrêmement violents. Dans une vidéo choquante ayant enregistré une partie de la scène, on peut voir le propre frère du député Krishna Mohan battre le journaliste à coup de barre de fer.


Quelques mois plus tard, une équipe indépendante composée de journalistes, de juristes et d’universitaires a pu établir que la scène s’est déroulée devant le principal poste de police de Chirala, sans qu’aucun policier ne bouge le petit doigt. Pire, la police a ensuite enregistré des plaintes contre Nagarjuna Reddy pour des pseudo accusations d'extorsion et de tromperie.


En 2018, en Inde, au moins six journalistes ont été tués en raison de leur activité professionnelle. Le pays se situe en 2019 à la 140e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.