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14 janvier 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le procès sur le double assassinat de Me Stanislav Markelov et d’Anastassia Babourova enfin ouvert


Le 11 janvier 2011, presque deux ans après le meurtre de Me Stanislav Markelov et d’Anastassia Babourova, le procès de leurs assassins présumés s’est enfin ouvert. L’avocat spécialiste des crimes commis en Tchéchénie et la journaliste de Novaïa Gazeta avaient été tués par balles le 19 janvier 2009, à l’issue d’une conférence donnée par Me Markelov. Les deux prévenus, Nikita Tikhonov et sa femme Evguenia Khassis, membres d’un mouvement néo-nazi, ont été arrêtés en novembre 2009. Nikita Tikhonov avait alors avoué être coupable des meurtres et avoir agi seul. Puis, deux mois après son arrestation, il s’était rétracté et avait déclaré que ses aveux avaient été obtenus sous la menace et les tortures des forces de police. Nikita Tikhonov et Evguenia Khassis sont inculpés de “ meurtre et port d’armes illégal ” et maintenus en détention jusqu’au 19 février 2011. Si Reporters sans frontières se réjouit que les autorités judiciaires oeuvrent pour la condamnation des auteurs de ce crime, plusieurs éléments portent à croire que les accusés n’en sont pas les seuls responsables. L’organisation appelle à ce que tous les responsables de ce double meurtre soient retrouvés et jugés équitablement et que les coupables soient punis “quel que soit leur statut ou leur position dans la société”, ainsi que l’a promis le président Medvedev en novembre 2010. Ce procès a valeur de test, il donne aux autorités russes une nouvelle occasion de s’engager enfin dans la lutte contre l’impunité et de convertir leurs discours en actes. C’est tout la communauté des journalistes de ce pays meurtri par des assassinats à répétition qui attend que justice soit rendue. Interrogée par Reporters sans frontières, la porte-parole de Novaïa Gazeta a déclaré : “Nous sommes contents que le procès ait commencé (...) c’est une chose très importante (…). Nous supposons que tous les deux – Tikhonov et Khassis – sont impliqués dans ces assassinats. Et le comité d’enquête pourrait trouver assez de preuves de leur culpabilité.” Me Stanislav Markelov, connu pour son engagement en faveur des droits de l’homme, avait plaidé dans plusieurs affaires particulièrement sensibles. Il avait notamment défendu les journalistes Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006, et Mikhaïl Beketov, qui a survécu - avec d’importantes séquelles - à une tentative d’assassinat en novembre 2008. Au moment des faits, Me Markelov était impliqué dans trois affaires liées à la situation en Tchéchénie et dans la défense de militants antifascistes. A l’instar de la journaliste Anastassia Babourova, il s’était investi dans le suivi de mouvements d’extrême-droite, responsables de centaines de meurtres racistes chaque année. Lors de la conférence qui a précédé son assassinat, il avait dénoncé la libération anticipée de Youri Boudanov, ancien colonel de l’armée russe, condamné à 10 ans de prison en 2003 pour le meurtre d’une jeune Tchétchène, Elsa Koungaïeva. Me Markelov était l’un des trois avocats de la famille Koungaïeva. L’enquête a conclu que l’avocat avait été assassiné en raison de son implication dans le mouvement antifasciste et que la journaliste avait été tuée car elle était témoin du crime. Le comité d’enquête, constitué par des agents du Service fédéral de sécurité (FSB) et du ministère de l’Intérieur (MVD), recherche toujours les potentiels complices de Nikita Tikhonov et d’Evguenia Khassis. L’avocat des prévenus a tenté, lors des audiences préliminaires, de faire accepter par le tribunal plusieurs requêtes afin d’infléchir le sens du procès : l’exclusion d’une série de preuves obtenues par des méthodes illégales, l’audition de nouveaux témoins, notamment les officiers du service spécial qui ont arrêté Nikita Tikhonov, l’examen de l’enregistrement de l’interrogatoire des accusés, réalisé le 3 novembre 2009, et l’exclusion d’une série de témoignages considérés comme extérieurs à l’affaire. Le juge d’instruction a rejeté la majorité de ces requêtes, arguant que l’examen de documents complémentaires n’était pas justifié (les matériaux d’enquête forment déjà 28 tomes). Sans apporter un total crédit au plaidoyer de la défense, il est effectivement envisageable que Nikita Tikhonov et sa femme aient été désignés comme bouc-émissaires de ce double assassinat afin de protéger les véritables commanditaires, qui pourraient appartenir à l’armée russe ou à la sphère étatique. A l’issue de l’audience du 11 janvier 2011, le juge a déclaré closes les auditions préliminaires. Le procès ouvrira officiellement, après nomination des jurés, le 27 janvier.