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7 août 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le principal journal d’opposition contraint de suspendre sa publication


Mise à jour : Après cinq jours d’interruption, la publication du quotidien d’opposition Azadlig a pu reprendre le 6 août 2014. La rédaction a trouvé les moyens de rembourser un tiers de ses dettes auprès de son imprimeur. Le fond du problème n’en est pas pour autant résolu : l’imprimerie a donné jusqu’au 15 août 2014 à Azadlig pour rembourser la totalité de ses dettes. Or, si le réseau public de distribution de la presse GASID persiste dans son refus de payer ses arriérés envers le quotidien, Azadlig sera à nouveau contraint d’interrompre sa publication.

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06.08.2014 : Le principal journal d’opposition azerbaïdjanais, Azadlig, a de nouveau été contraint de suspendre sa publication, le 1er août 2014. Ce nouveau coup porté au pluralisme intervient alors que les autorités accentuent leur campagne d’éradication des voix critiques dans le pays.

Le climat est toujours plus suffocant pour les dernières voix indépendantes en Azerbaïdjan. Economiquement asphyxié par les autorités, le principal journal d’opposition, Azadlig, s’est vu contraint d’interrompre une nouvelle fois sa publication, le 1er août 2014.

Le réseau public de distribution de la presse, GASID, n’a pas reversé au quotidien une partie du produit de ses ventes. La compagnie a ainsi accumulé plus de 70 000 manats (l’équivalent de 67 000 euros) de dettes à l’égard d’Azadlig. Privé de cette ressource, le journal a quant à lui contracté 20 000 manats (l’équivalent de 19 000 euros) de dettes auprès de son imprimeur, une autre compagnie d’Etat.

Azadlig est encore une fois victime de la stratégie pernicieuse de censure économique mise en place par les autorités”, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de Reporters sans frontières. “Au mépris des valeurs du Conseil de l’Europe, dont il assume actuellement la présidence, le régime d’Ilham Aliev est en train d’achever son entreprise d’anéantissement du pluralisme. La communauté internationale ne peut se contenter d’assister en direct à l’éradication des dernières voix critiques en Azerbaïdjan.

La mainmise de l’Etat sur le marché publicitaire prive Azadlig d’annonceurs, et une série de réformes a récemment accentué la dépendance du journal vis-à-vis de GASID : en 2011, les vendeurs de rue se sont vus retirer l’autorisation d’exercer leur métier, et en 2013, la vente de journaux a été interdite dans le métro. Ces deux circuits de ventes représentaient jusqu’à 30% des recettes du quotidien. Les recettes provenant de GASID ont en outre été fortement réduites après 2012, lorsque les kiosques du réseau de distribution public ont été remplacés par des boutiques, dont les journaux indépendants sont la plupart du temps exclus.

Ganimat Zahid, rédacteur en chef d’Azadlig et l’un des 100 “héros de l’information” mis en avant par Reporters sans frontières le 3 mai 2014, a rappelé à l’organisation que ce n’était “pas la première fois que le journal devait interrompre temporairement sa parution”. Déjà censuré à plusieurs reprises dans les année 1990, Azadlig est soumis à un harcèlement croissant de la part des autorités. En 2012 et 2013, les impayés de GASID avaient déjà rendu le journal insolvable et entraîné l’interruption temporaire du tirage. Azadlig a en outre été condamné à de plusieurs amendes astronomiques, qui ont entraîné à plusieurs reprises le gel de ses comptes en banque.

Ganimat Zahid, qui a déjà passé plus de deux ans et demi en prison sous un prétexte absurde, a ajouté : “Azadlig, qui se traduit par “liberté”, vivra, car l’essence de l’homme et de l’humanité est faite de liberté. Nous comprenons très bien le sens de notre titre et la mission qu’il implique, et c’est pourquoi nous allons nous battre pour la liberté d’expression dans notre pays. Nous savons que la lutte pour les libertés fondamentales ne connaît pas de frontières, et que les dictateurs exercent de manière semblable leur répression contre ces libertés. Mais nous ne capitulerons pas.”

La version en ligne du quotidien continue d’être alimentée. Selon Ganimat Zahid, la version imprimée d’Azadlig devrait à nouveau paraître d’ici une dizaine de jours. Reporters sans frontières encourage chacun à rejoindre la campagne de soutien lancée par le journal sur sa page Facebook.

Tout comme Azadlig, le journal indépendant russophone Zerkalo, asphyxié économiquement, avait été contraint d’interrompre sa publication papier le 31 mai 2014. La répression à l’encontre des dernières voix indépendantes et de la société civile s’est particulièrement accentuée ces derniers jours. Le 2 août, le défenseur des droits de l’homme Rassoul Djafarov a été placé en détention provisoire pour trois mois, dans une affaire montée de toutes pièces. Trois jours plus tôt, la célèbre militante des droits de l’homme Leïla Younous était elle aussi arrêtée, avant d’être rejointe en prison le 5 août par son mari, Arif Younous. Le couple Younous est inculpé dans la même affaire que le journaliste indépendant Raouf Mirkadyrov, incarcéré depuis le 18 avril dans l’attente de son procès.

La pression s’exerce également sur de nombreuses ONG et leurs dirigeants, dont les comptes bancaires ont été gelés. C’est entre autres le cas d’organisations de soutien aux médias telles que Media Rights Institute (MRI), Institute for Reporters Freedom and Safety (IRFS), ou la section azerbaïdjanaise d’International Research & Exchanges Board (IREX).

L’Azerbaïdjan est placé au 160e rang sur 180 pays dans le Classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Le 14 mai, le pays a pris la tête du Conseil des ministres du Conseil de l’Europe. C’est actuellement le plus répressif des 47 Etats membres de l’organisation, garante du respect des droits de l’homme sur le continent.

(Photo : Zerkalo)