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9 avril 2020 - Mis à jour le 6 mai 2020

Le Premier ministre cambodgien Hun Sen utilise la crise du Covid-19 pour asseoir son pouvoir dictatorial

Le Premier ministre cambodgien Hun Sen tient une conférence de presse au palais de la paix de Phnom Penh, le 7 avril 2020 (photo : Tang Chhin Sothy / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) appelle les députés cambodgiens à amender la loi sur l’état d’urgence qui doit être étudié cette semaine, et de supprimer les graves atteintes à la liberté d’informer et d’être informé, qui peuvent avoir de graves conséquences dans le contexte de la crise du coronavirus.

Le vote devrait avoir lieu, d’après le porte-parole de l’Assemblée nationale Leng Peng Long, “vendredi au plus tard”. Le projet de “loi sur la gouvernance du pays sous l’état d’urgence”, adopté en Conseil des ministres le 31 mars, permettra au gouvernement, selon le Premier ministre Hun Sen, de répondre aux défis posés par la pandémie du Covid-19.


En fait de réponse, le texte, dont RSF a pu se procurer une copie, institutionnalise la censure de tous les médias. L’article 5(11) autorise ainsi le pouvoir exécutif à “interdire ou restreindre la publication ou la diffusion de toute information qui pourrait générer une agitation publique, de la peur ou des troubles, ou qui pourrait endommager la sécurité publique, ou qui pourrait semer la confusion concernant l’état d'urgence”


Plus prosaïquement, un autre alinéa, l’article 5(10), prévoit tout simplement une “surveillance et un suivi illimités de toutes les formes de télécommunications”.


“Nous appelons le législateur cambodgien à faire montre de responsabilité en supprimant les articles 5(10) et (11) de la loi sur l’état d’urgence, qui institutionnalisent un système de surveillance et de censure encore jamais atteint en 30 ans de démocratie khmère, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Le Premier ministre Hun Sen instrumentalise sans aucune vergogne la crise du coronavirus pour asseoir encore un peu plus son pouvoir dictatorial, au mépris de la santé de ses concitoyens. Il appartient aux parlementaires de circonscrire cet abus intolérable.”


Fronde


De fait, le site d’information en khmer monoroom.info, basé en France, est rendu inaccessible au Cambodge depuis le 31 mars, après qu’il a publié des articles sur la situation de la crise du coronavirus dans le royaume.


Après les élections fantoches de juillet 2018, tous les sièges de l’Assemblée nationale cambodgienne ont été conquis par le Parti du peuple cambodgien, acquis au clan de Hun Sen.


Mais, selon plusieurs observateurs, une partie de ces élus serait en passe de lancer une fronde contre les velléités affichées par le Premier ministre, en place depuis 1985, de transmettre son pouvoir à ses enfants. Dans cette optique, les articles 5(10) et 5(11) de la loi sur l’état d’urgence pourrait servir à l’homme fort de Phnom Penh de tuer dans l’œuf tout débat dans la presse et toute rébellion au sein du parti.


Le Cambodge se situe à la 143e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.