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12 septembre 2018

Le Parlement européen lance la procédure de l’article 7 pour faire respecter les valeurs démocratiques en Hongrie

Le premier ministre hongrois Viktor Orban à Strasbourg le 11 septembre 2018/ AFP
Les eurodéputés ont voté le déclenchement de la procédure de l’article 7 du traité sur l’Union européenne pour contrer la dérive autoritaire du Premier ministre hongrois. Objectif : faire respecter l’Etat de droit, la démocratie, les droits humains et la liberté de la presse.

Pour la première fois dans l’histoire de l’Union, le Parlement européen a décidé à la majorité des deux-tiers, mercredi 12 septembre 2018, d’activer l’article 7 du traité sur l’Union européenne. Cet article prévoit un mécanisme exceptionnel à l’encontre d’un Etat membre qui menacerait gravement les valeurs fondamentales communes de l’UE. A l’issue d’une procédure longue et complexe, l’article 7 permet de suspendre le droit de vote du pays en question au sein du Conseil, qui regroupe les 28 Etats membres.

 

 

RSF se félicite de ce vote sans précédent du Parlement européen qui montre la volonté des eurodéputés de défendre le modèle démocratique européen, déclare Julie Majerczak, représentante de Reporters sans frontières à Bruxelles. Il était urgent que l’Union européenne (UE) se décide à agir et indique clairement au Premier ministre hongrois Viktor Orban qu’il doit cesser de piétiner la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse et d’attaquer les organisations de défense des droits humains.”

 

 

Les atteintes à la liberté de la presse et au pluralisme des médias figurent parmi les 12 principales préoccupations mises en avant dans la résolution du Parlement européen. La situation en Hongrie est en effet critique. La liberté de la presse est de plus en plus menacée.

 

 

Le pluralisme des médias décline dangereusement comme en témoigne les dernières opérations menées par des proches du Premier ministre pour museler la presse. La chaîne d’information Hir TV, l’un des derniers médias d’opposition, a été reprise en main par un homme d’affaires proche de Viktor Orban début août, quelques semaines seulement après la fermeture de l’hebdomadaire de Heti Valasza et celle du quotidien Magayar Nemzet.

 

Le Premier ministre utilise une technique bien rodée : ses alliés rachètent des médias puis redéfinissent la ligne éditoriale par le biais de censures, de licenciements et de fermetures. Aujourd’hui, une douzaine d’oligarques proches du pouvoir ont acquis des positions dominantes dans la plupart des médias, des quotidiens locaux à la télévision privée nationale, en passant par les tabloïds, les sites d'information et les hebdomadaires politiques. Sans oublier la radiotélévision publique, qui est depuis longtemps devenue un outil de propagande au service du Premier ministre. Il devient de plus en plus difficile pour les journalistes de jouer leur rôle de contre-pouvoir, et, pour les citoyens, d’être informés de manière honnête en Hongrie.

 

 

Il appartient maintenant au Conseil, représentant des Etats membres, de poursuivre la procédure de l‘article 7. “Nous appelons les dirigeants européens à prendre leurs responsabilités pour faire comprendre à Viktor Orban que l’Union européenne n’est pas simplement un distributeur de subventions et que les valeurs européennes ne sont pas négociables, déclare Julie Majerczak, la représentante de RSF à Bruxelles. Si rien n’est fait, la dérive autocratique de la Hongrie se poursuivra et permettra à d’autres pays d’emprunter la même voie.”

 
La Hongrie occupe la 73ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières