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26 juin 2017

Le parlement allemand soutient l'initiative de RSF en faveur de la création d’un Représentant spécial des Nations Unies pour la sécurité des journalistes

Le Parlement allemand /JOHN MACDOUGALL / AFP
En soutenant l’initiative de Reporters sans frontières (RSF) en faveur de la création d’un Représentant spécial des Nations Unies pour la sécurité des journalistes, le parlement allemand est la première chambre des députés au monde à s’engager sur ce sujet.

Dans une résolution adoptée vendredi, les députés du Bundestag appellent le gouvernement allemand à « soutenir une initiative de l'ONU sur la sécurité des journalistes et contre l'impunité, ainsi qu’à promouvoir la création d'un Représentant spécial chargé de veiller au respect par les pays membres de l'ONU de leur obligation internationale d’assurer la sécurité des journalistes. »


Il est inadmissible que chaque année des dizaines de journalistes à travers le monde trouvent la mort au seul motif qu’ils exercent leur métier”, déclare Christian Mihr, directeur exécutif de RSF Allemagne. “Cette résolution prise par le Bundestag est un signal important qui doit inviter à doter les Nations Unies d’outils efficaces pour faire respecter les nombreuses résolutions existantes sur la sécurité des journalistes. »


La résolution du Bundestag appelle également le gouvernement allemand à définir les possibilités de financement de ce mandat et à solliciter la participation d'autres États à ce projet.


LE CERCLE VICIEUX DE L'IMPUNITÉ


Depuis 2007, 711 journalistes ont été tués dans le monde pour des motifs liés à leur travail. En dépit de l’adoption de différentes résolutions par les organes des Nations Unies, aucune amélioration significative n'a été réalisée. Dans la plupart des pays touchés par ce problème, la lutte contre ce type de crimes qui visent les journalistes est au point mort.


C’est le cas dans des pays en guerre comme la Syrie ou l'Irak, mais aussi dans des Etats comme le Mexique ou les Philippines, où des journalistes sont assassinés chaque année tandis que les auteurs de ces crimes ou les personnes impliquées demeurent dans la plupart des cas impunis. Le crime organisé, les magistrats corrompus mais aussi les hommes politiques ou les forces de sécurité qui sont souvent mêlés à ces réseaux criminels continuent à alimenter un “cercle vicieux de l’impunité”. Puisque ces tueurs ou leurs complices sont rarement punis, d’autres sont encouragés à les imiter. Manifestement, il n’y a pas assez de volonté politique pour briser ce cercle.


Au Mexique par exemple, six journalistes ont déjà trouvé la mort depuis le début de l’année. Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Enrique Peña Nieto en 2012, au moins 27 journalistes ont été tués en raison de leur activité journalistique. Les victimes sont pour la plupart des journalistes qui ont enquêté sur des sujets tabous, comme le crime organisé, ou la corruption des autorités locales. Il a fallu attendre qu’un sixième journaliste soit assassiné cette année et que des manifestations éclatent dans plusieurs villes, pour que le président mexicain Enrique Peña Nieto condamne ces attaques et annonce une série de mesures.


LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL DES NATIONS UNIES DEVRAIT ÊTRE HABILITÉ À CONDUIRE SES PROPRES INVESTIGATIONS.


Dans ce contexte, l’initiative de RSF pour un Représentant spécial représente une avancée : pour avoir suffisamment de poids politique pour peser sur les gouvernements et être en mesure d’agir rapidement si besoin, le Représentant spécial devrait travailler sous l’égide du Secrétaire général des Nations Unies. Il devrait également être habilité à mener ses propres enquêtes sur des attaques perpétrées à l’encontre de journalistes lorsque les Etats ne le font pas.


Pour cette raison, Reporters sans frontières a réalisé un plaidoyer intensif auprès des Nations Unies depuis 2015. Cette campagne a pour but de convaincre l’Assemblée générale des Nations Unies de voter pour la création de ce Représentant spécial aux Nations Unies et de lui conférer un mandat fort. Des dizaines d’ONG et organisations de médias ont déjà exprimé leur soutien en faveur de cette initiative. Quelques gouvernements se sont également engagés publiquement.