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17 novembre 2020

Le journaliste radio philippin Vir Maganes abattu froidement

Vir Maganes abordait volontiers des questions sensibles sur la radio DWPR (photo : RSF / Twitter).
Une semaine après son assassinat sauvage, et compte tenu des éléments en présence, Reporters sans frontières (RSF) demande aux policiers de la province septentrionale de Pangasinan, en charge de l’enquête, de priviligier l’hypothèse d’un meurtre lié au métier du journaliste.

Six balles dans la peau… Le reporter Virgilio “Vir” Maganes a été abattu dans la matinée du 10 novembre dernier, vers 6 h 30, par deux assaillants à moto, devant son domicile de Villasis, dans le nord des Philippines. Il est mort sur le coup.


Vir Maganes a travaillé durant onze ans comme reporter et éditorialiste au Northern Watch, un journal local qui a dû cesser ses activités en juin dernier, en raison du coronavirus. Le journaliste a toutefois continué d’animer ses émissions radio sur Radyo Pilipino (DWPR), dans lesquelles il abordait volontiers les questions de trafic de drogue, d’exploitation minière illégale ou de cercles de jeux illicites. 


Le directeur provincial de la police a affirmé dans un communiqué que ses services enquêtent notamment sur une récente plainte en diffamation qui avait été portée contre le journaliste, après que celui-ci eut révélé des cas de détournements de fonds publics par un groupe intitulé “Nous sommes Villasis”. Selon l’Union nationale des journalistes des Philippines, une représentante de ce groupe, Lilia Migote Smith, a menacé Vir Maganaes avec un message en tagalog, “Ipapapatay kita!” (Je vais te faire assassiner !)". 


“Compte tenu des éléments en présence, nous appelons les policiers de Pangasinan en charge de l’enquête à privilégier l’hypothèse d’un meurtre lié à son métier de journaliste, déclare le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard. Vir Maganes est déjà le 18e journaliste assassiné depuis que le président Rodrigo Duterte est parvenu au pouvoir en 2016. Il est grand temps d’enrayer cette tendance mortifère.” 


Exécutions sauvages


Exactement quatre ans et deux jours avant sa mort, le 8 novembre 2016, Vir Maganes avait déjà été l’objet d’une attaque dont il avait miraculeusement survécu en faisant le mort. Un message fut trouvé sur le lieu de l'assaut avec l'inscription "Dealer de drogue, à ne pas imiter" - un message typique des exécutions sauvages perpétrées par les commandos du président Duterte au prétexte de sa soi-disant “Guerre à la drogue”.


Vir Maganes est le troisième journaliste philippin assassiné en 2020 dans des conditions similaires. Le 14 septembre dernier, Jobert “Polpog” Bercasio a été tué par deux hommes à moto à Sorsogon, dans l’est de l’archipel philippin, après avoir dénoncé des activités minières illégales. 


En mai, un autre journaliste radio, Cornelio “Rex” Pepino, a lui-même été abattu, vraisemblablement en représailles à ses dénonciations de faits de corruption et de pots-de-vin dans sa ville de Dumaguete - sur fond, là aussi, d’exploitations minières illégales. 


Les Philippines se situent au 136e rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.