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5 avril 2018 - Mis à jour le 6 avril 2018

Le journaliste Fikret Housseïnli retenu en Ukraine en dépit d’une décision de justice

Crédit : Hromadske TV
Le parquet ukrainien refuse de rendre son passeport au journaliste néerlandais Fikret Housseïnli, menacé d’extradition vers son pays d’origine, l’Azerbaïdjan, malgré une décision de justice en sa faveur. Reporters sans frontières (RSF) demande au parquet de laisser le journaliste regagner les Pays-Bas.

En principe, depuis le 2 avril dernier le journaliste Fikret Housseïnli est libre de ses mouvements. C’est en tout cas en ce sens que s’est prononcé le tribunal de Kiev qui a ordonné que lui soit remis son passeport, confisqué juste avant le jugement par le procureur Serheï Ostapets. Depuis, en dépit de la décision du tribunal, le parquet général n’a toujours pas remis son passeport au journaliste. Pire, il n’en finit pas d’examiner la demande d’extradition vers l’Azerbaïdjan dont le journaliste fait l’objet.


“Le parquet ukrainien doit immédiatement se conformer à la décision du tribunal, rendre son passeport à Fikret Housseïnli et le laisser rejoindre les Pays-Bas, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Poursuivre cet acharnement reviendrait à faire preuve d’une complicité active avec l’Azerbaïdjan.


Fikret Housseïnli est un journaliste bien connu en Azerbaïdjan. Contraint à l’exil aux Pays-Bas en 2008, il y a reçu l’asile politique avant d’acquérir la nationalité néerlandaise en 2014. Il dirige aujourd’hui le bureau d’Amsterdam de la chaîne azerbaïdjanaise en exil Turan TV, critique du régime d’Ilham Aliev. Arrêté à Kiev le 14 octobre 2017 sur la base d’une notice rouge d’Interpol émise par l’Azerbaïdjan, il a été relâché sous caution deux semaines plus tard. Le 13 février, la cour d’appel de Kiev a rejeté le mandat d’arrêt international lancé contre lui. Le parquet ukrainien a multiplié les démarches visant à remettre le journaliste derrière les barreaux, sans succès.


RSF a envoyé un courrier au procureur général Youri Loutsenko, en mars dernier, pour lui demander de rejeter la demande d’extradition du journaliste et de le laisser regagner les Pays-Bas. Aucune suite n’y a été donnée à ce jour.


L’Azerbaïdjan occupe la 162e place sur 180 au Classement de la liberté de la presse établi par RSF en 2017. Le régime d’Ilham Aliev a tout fait ces dernières années pour annihiler le pluralisme médiatique. Les principaux titres critiques ont tous été asphyxiés financièrement ou fermés manu militari. Pas moins de 12 journalistes et deux blogueurs sont actuellement emprisonnés du fait de leurs activités d’information.