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16 janvier 2018

Le gouvernement philippin s’attaque au site d’information Rappler

Maria Ressa, la fondatrice de Rappler, a réagi à l'annonce de la révocation de la licence du site : "C'est un moment où nous pouvons dire que nous nous élevons pour la liberté de la presse" (photo : Ted Aljibe / AFP)
Après avoir annoncé la révocation de la licence de Rappler, le ministère de la justice philippin a déclaré aujourd’hui mardi qu’il comptait désormais engager des poursuites judiciaires contre le site d’information. Reporters sans frontières (RSF) condamne cette atteinte intolérable à la liberté de la presse et soutient Rappler dans sa volonté de faire appel de cette décision.

Le porte-parole du président Rodrigo Duterte a annoncé lundi la révocation de la licence d’exploitation de Rappler, le principal site d’information du pays. Motif invoqué : Rappler aurait violé une disposition de la Constitution philippine qui restreint la propriété des médias aux seuls Philippins.



“Essayez de percer leur identité, et vous verrez qu’ils sont complètement aux mains des Américains!”, s’était emporté le président Duterte lors de son dernier discours sur l’état de la nation, il y a six mois. Contestant, preuves à l’appui, ce qui n’était à l’origine qu’une rumeur propagée sur les réseaux sociaux, le site a annoncé son intention de faire appel de cette décision.


“La révocation de cette licence est une nouvelle étape dans la guerre ouverte que mène le président Duterte contre les médias indépendants, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.


Rappler est une référence en matière de professionnalisme, et ses journalistes se contentent de rapporter la réalité. Une réalité qui dérange vraisemblablement le gouvernement philippin et ses supporters, lesquels ont monté une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, au lieu de rechercher la vérité, les autorités montrent clairement leur volonté de tuer le messager.”


RSF s’associe à l’Union nationale des journalistes des Philippines, qui appelle ses confrères “à s’unir et à résister à toutes les tentatives de [les] faire taire”. Avec la délicatesse qu’on lui connaît, le président philippin a répondu aujourd’hui mardi par un subtil “J’en ai rien à foutre !”.


La décision qui frappe Rappler intervient dans un contexte d’attaques répétées contre les médias qui critiquent la fameuse “guerre à la drogue” menée par Rodrigo Duterte, laquelle aurait déjà fait 4000 morts - la plupart extrajudiciaires.


En mars dernier, le bouillant président s’en est pris au grand quotidien du pays, le Daily Philippines Inquirer, ainsi qu’à la principale chaîne de télévision ABS-CBN, en traitant leur personnel de “fils de pute de journalistes”. “Je ne veux pas les menacer, a-t-il assuré. Mais leur karma risque de finir par les rattrapper…”


Quatre mois plus tard, un magnat proche de Duterte a annoncé son intention de racheter l’Inquirer. Et le président philippin a menacé en parallèle de bloquer la demande de renouvellement de la licence du réseau télévisé, qui doit être approuvé par le Congrès.


Maria Ressa, la fondatrice de Rappler, est quant à elle régulièrement victime de campagnes de harcèlement en ligne. Début 2017, elle a reçu des menaces de mort et de viol.


Les informations sur la structure de Rappler sont disponibles dans l’étude sur la propriété des médias philippins réalisée par RSF. Les Philippines se situent à la 127ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2017 de RSF.