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5 mai 2017

Le gouvernement gambien envoie un message fort en faveur de la liberté de la presse

Manifestation pour réclamer la lumière sur l'assassinat du journaliste Deyda Hydara, GETTY IMAGES
En réitérant, le 3 mai, sa volonté de réformer la loi sur la presse et de faire la lumière sur les disparitions de journalistes sous la dictature de Yahya Jammeh, le gouvernement gambien s’est clairement engagé en faveur de la liberté de la presse. Reporters sans frontières (RSF) salue ces déclarations et se dit prête à accompagner ces efforts de justice et de recherche de vérité.


Une page est en train de se tourner en Gambie. C’est en tout cas ce que le ministre de l’Information et de la Communication, Demba Ali Jawo, a clairement laissé entendre le 3 mai dernier lors de la célébration - une première depuis 20 ans - de la journée mondiale de la liberté de la presse.


“La réconciliation est certainement une priorité de notre gouvernement, mais je vous assure qu’elle ne se fera pas aux dépens de la justice pour nos collègues victimes du précédent régime. Ceux-ci incluent Deyda Hydara, Chief Ebrimah Manneh et Omar Barrow, ainsi que tous les journalistes soumis à la torture par les agents de l’ancien régime”, a-t-il déclaré lors de son allocution à la faculté de droit de Gambie à Banjul.


Le ministre a affirmé vouloir réformer les lois sur la presse pour les mettre en conformité avec les standards internationaux. Au cours des dernières années, la Gambie avait fait passer des lois draconiennes à l’égard des médias.


“Reporters sans frontières accueille avec enthousiasme les déclarations du ministre Jawo, déclare Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. L’organisation est prête à apporter son soutien aux initiatives de recherche de vérité et de justice pour les journalistes disparus pendant l’époque de Yahya Jammeh, dont notre correspondant Deyda Hydara assassiné en 2004. Nous engageons aussi le ministre à rapidement démarrer les mesures de réformes législatives qui permettront aux journalistes gambiens d’avoir, enfin, un cadre de travail libre et éthique.”


Le ministre a également évoqué la création de nouveaux médias, notamment de télévisions privées, une nouveauté dans ce petit pays où seule la télévision nationale avait voix.


Sur la régulation des médias, il a assuré être en faveur d’un système d’auto-régulation et s’est engagé à conduire des consultations avec les parties prenantes, notamment le Gambian Press Union, un syndicat très actif sur les questions de formation, d’éthique et de liberté des journalistes.


Depuis son élection début 2017, le président Adama Barrow et son gouvernement ont fait plusieurs déclarations soutenant le principe de liberté de la presse. En mars dernier, RSF a écrit au nouveau président pour soutenir ces initiatives.


Sous le règne de Yahya Jammeh, les journalistes vivaient dans la terreur, contraints de s’auto-censurer sous peine de disparition, voire d’assassinats. De nombreux journalistes avaient dû se résoudre à l’exil tandis que d’autres faisaient l’objet de procès à rallonge. Les réseaux sociaux étaient inaccessibles sans VPN et les médias audiovisuels limités à quelques radios et une télévision publique dont le héros unique était le président Jammeh.


Dans le Classement 2017 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, la Gambie a gagné 2 places. Elle occupe désormais la 143e place sur 180.