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27 juin 2018 - Mis à jour le 29 juin 2018

Le gouvernement cambodgien parachève sa guerre contre la presse libre à un mois des élections

Le Premier ministre Hun Sen simule un combat avec un orang-outang déguisé en boxeur le 23 juin 2018, durant l’inauguration du zoo de Phnom Penh, dans le cadre de sa campagne électorale. Après avoir mis à terre l’ensemble de la presse indépendante du Cambodge, c’est le seul adversaire qu’il s’est trouvé (photo : Tang Chhin Soty / AFP).
À un mois, jour pour jour, des élections générales du 29 juillet, Reporters sans frontières (RSF) condamne les dernières restrictions imposées en juin aux journalistes qui voudraient couvrir le scrutin et appelle la communauté internationale à des sanctions.

Si un doute persistait encore, cette fois c’est sûr : le clan du Premier ministre Hun Sen vient d’apporter le coup de grâce à 25 ans de démocratie khmère. Le code de conduite destiné aux journalistes, présenté ce mois par la Commission électorale nationale, est une effroyable litanie de violations de la liberté d’informer en période de scrutin.


Interdiction de mener des interviews aux alentours des bureaux de votes, interdiction de “tirer des conclusions à partir de ses propres jugements”, interdiction de publier des informations qui “affecteraient la stabilité sociale ou politique”, interdiction de diffuser des contenus qui créerait “la confusion ou la perte de confiance”... Tout journaliste qui enfreindrait ces oukases risque jusqu’à 7 500 dollars d’amende.


“Les termes utilisés dans ce code de conduite empruntent une terminologie totalitaire qui rappelle les pires heures de l’histoire du Cambodge, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Ces restrictions imposées aux journalistes viennent parachever un plan implacable lancé il y a un an pour faire taire toute voix dissonante, faisant de Hun Sen le fossoyeur en chef de la presse libre. Les partenaires commerciaux du Cambodge, à commencer par l’Union européenne, les Etats-Unis et le Japon, doivent tirer les conséquences de cette situation en activant le plus rapidement possible des sanctions contre les responsables de cette situation catastrophique.”


En mai dernier, le rachat par un magnat proche de Hun Sen du Phnom Penh Post, le dernier organe de presse indépendant du pays, a fini de tuer la presse indépendante. Un plan gouvernemental mis en place dès août 2017, un mois après la percée de l’opposition aux élections municipales, a conduit à la fermeture de plus de trente stations de radio et du Cambodia Daily, quotidien historique de la démocratie khmère. Trois journalistes, Uon Chhin, Yeang Sothearin et James Ricketson, accusés d’espionnage, croupissent dans la prison de Prey Sar et restent sans jugement depuis plusieurs mois.  


RSF actualise régulièrement son Guide pratique du journaliste en période électorale, qui propose des réponses concrètes aux multiples questions que soulèvent tous les aspects de la couverture médiatique d’une élection, y compris lorsque le travail de la presse est gravement entravé.


Le Cambodge a perdu 10 places dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018 et se situe désormais à la 142e position sur 180 pays.