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16 novembre 2017 - Mis à jour le 17 novembre 2017

Le gouvernement cambodgien harcèle les journalistes indépendants en pleine interdiction de l’opposition

Les forces spéciales de la police cambodgienne bloquent l'accès au bâtiment de la Cour suprême, pourtant officiellement ouvert à la presse et au public (photo : Tang Chhin Sothy / AFP).
Une ancienne journaliste du Cambodia Daily a été arrêtée hier jeudi. Deux jours avant, ce sont deux anciens reporters de Radio Free Asia qui ont été interpellés par la police. Reporters sans frontières (RSF) relaie la vive inquiétude des journalistes cambodgiens et appelle les autorités à donner des gages quant à leur droit d’exercer leur métier.

Le harcèlement des acteurs de la presse continue de plus belle en ce moment particulièrement sensible. Hier, l’ancienne journaliste du Cambodia Daily Len Leng a été arrêtée par la police alors qu’elle se situait à l’extérieur du bâtiment de la Cour suprême du Cambodge. Bien que l’audience du tribunal était censée être publique, la reporter a été placée en détention provisoire au motif qu’elle n’avait pas de carte de presse.


La brutalité de cette arrestation s’explique par le fait que la Cour, alignée sur les positions du gouvernement, venait d’interdire le Parti du salut national du Cambodge (PSNC), seul parti d’opposition présent au parlement. Ainsi, le pays devient de facto un régime de parti unique, à quelques mois des élections prévues en juillet prochain.


Il convenait donc de faire taire toute voix dissonante : mardi soir, la police a arrêté deux anciens journalistes de Radio Free Asia (RFA), Uon Chhin et Yeang Sothearin. Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur Kieu Sopheak, les deux hommes auraient tenté de monter un studio radio de fortune pour transmettre des informations au bureau de RFA à Washington. Le porte-parole reconnaît toutefois que le Tribunal municipal de Phnom Penh cherche toujours à déterminer quelle loi les deux journalistes auraient enfreinte : “La cour vérifie pour trouver le bon crime.” Les deux journalistes, qui nient les faits, doivent être déférés devant un tribunal aujourd’hui.


“Avec ces nouveaux cas, le droit et la justice sont clairement instrumentalisés pour réprimer toute information indépendante, et surtout pour intimider l’ensemble de la presse, remarque Daniel Bastard, qui dirige le bureau Asie-Pacifique de RSF.


Nous relayons et partageons la profonde inquiétude de nombreux journalistes sur place après ces arrestations arbitraires. Les organisations internationales doivent comprendre la gravité de ce qu’il se passe à Phnom Penh. Nier la liberté de la presse, c’est tirer un trait sur 25 ans de transition démocratique après le traumatisme du génocide khmer-rouge.”


En septembre, les autorités cambodgiennes ont ordonné la fermeture de l’ensemble des radios locales qui diffusaient les programmes de Radio Free Asia, de sorte que la radio états-unienne a dû fermer son bureau de Phnom Penh, entraînant au passage une cinquantaine de pertes d’emplois.


A Washington, son porte-parole Rohit Mahajan craint maintenant que l’on assiste à un “harcèlement des anciens journalistes de RFA : Nous sommes particulièrement inquiets du fait que ce type d’action renforce les abus de pouvoir du Premier ministre Hun Sen et de son parti, en vue d’annihiler les voix indépendantes et la liberté de la presse.”


Par ailleurs, Leng Len n’est pas la première journaliste du Cambodia Daily a faire l’objet de pression. Deux autres anciens reporters du quotidien, Aun Pheap and Zsombor Peter, se sont récemment vus accusés d’incitation au crime pour avoir couvert les élections municipales en juin dernier. Le quotidien, créé en 1993, la même année que les premières élections libres du Cambodge, a dû fermer le 4 septembre dernier, victime de pressions financières du gouvernement.


Placé au 132ème rang sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF en 2017, le Cambodge risque fort de perdre des places l’année prochaine.