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18 septembre 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Le cyber-activiste Andy Hall poursuivi par le conglomérat Natural Fruit


Le 18 septembre 2015, une cour de Bangkok a rejeté une plainte de la compagnie Natural Fruit contre le défenseur des droits de l’homme britannique Andy Hall, qu’elle accuse de diffamation criminelle pour une interview accordée à Al-Jazeera. Reporters sans frontières demande à Natural Fruit le retrait de ses trois autres plaintes et à la justice thaïlandaise l’abandon des charges qui pèsent sur Andy Hall.
La décision du juge d’appel met un terme à l’une des quatre poursuites intentées à l’encontre d’Andy Hall par Natural Fruit. Dans une interview accordée à Al Jazeera en avril 2013, Andy Hall avait commenté les précédentes poursuites pour diffamation intentées par Natural Fruit à son encontre, après la publication d’un rapport par l’ONG Finnwatch pour laquelle il travaillait. En 2012, cet expert des questions migratoires avait conduit une enquête pour le compte de l’organisation finlandaise sur les conditions de travail des ouvriers birmans d’une usine de la compagnie fruitière Natural Fruit, située dans le sud du pays. Un rapport d’enquête (“Le bas prix a un coût élevé”), publié en janvier 2013, révélait de graves violations des droits de l’homme au sein de l’usine. Natural Fruit avait immédiatement réagi. Portant plainte au civil et au pénal contre Andy Hall, le groupe s’était néanmoins abstenu de poursuivre l’organisation Finnwatch. Après l’interview donnée à Al-Jazeera, le groupe avait à nouveau déposé plainte contre le citoyen britannique. Au total, quatre plaintes ont été déposées contre Andy Hall: deux en vertu de la loi sur la diffamation criminelle et deux autres, au civil, ayant pour but de réclamer des réparations financières. La première accusation au pénal, consécutive à la publication du rapport, inclut des allégations de violation de la tristement célèbre loi sur les crimes informatiques (Computer Crime Act, CCA) en vertu de laquelle le cyber-activiste encourt sept ans d’emprisonnement. Après sept audiences préliminaires, entre novembre 2014 et août 2015, une cour pénale de Bangkok a jugé qu’Andy Hall serait formellement inculpé lors d’une audience fixée au 19 octobre 2015. Ce dernier y plaidera non coupable. Natural Fruit réclame en outre 400 millions de bahts (près de 10 milions d’euros) de dommages et intérêts au civil, un montant exorbitant qui démontre une stratégie de harcèlement et d’intimidation du conglomérat. “Nous condamnons sans réserve cet acharnement judiciaire à l’encontre d’un défenseur des droits de l’homme ayant documenté de graves atteintes aux libertés fondamentales, déclare Benjamin Ismaïl responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. La justice thaïlandaise se trompe encore une fois de cible. Plutôt que de tolérer un recours abusif à la loi sur la diffamation et au Computer Crime Act, elle devrait se pencher davantage sur les violations dont sont victimes les migrants travaillant pour Natural Fruit.“Des réformes du code pénal et du Computer Crime Act sont également urgentes. Tant que de telles loi liberticides existeront, de nombreux cas de harcèlement d’acteurs de l’information révélant des informations embarrassantes continueront de voir le jour et perpétueront un climat d’autocensure néfaste pour le pays.” Les observations d’atteintes aux droits de l’homme figurant dans le rapport d’enquête publié par Finnwatch ont été en partie corroborées par une enquête gouvernementale conduite en février 2013 dans l’usine de Natural Fruit. Aucun cadre de la compagnie, ni son propriétaire, Wirat Piyapornpaiboon, frère aîné de l’actuel secrétaire général du Parti Démocrate, n’ont cependant été inquiétés par la justice thaïlandaise. Le recours au Computer Crime Act pour intimider les journalistes et blogueurs publiant des informations sensibles, est monnaie courante en Thaïlande. Poursuivis en décembre 2013 pour diffamation et violation du Computer Crime Act, deux journalistes de Phuketwan, Alan Morison et Chutima Sidasathian ont fait l’objet d’une stratégie similaire. En cause, la publication, le 17 juillet 2013, d’un article intitulé “Les militaires thaïlandais profitent du commerce de boat people, selon une enquête spéciale” contenant un paragraphe issu d’une enquête publiée par Reuters dans laquelle l’agence citait des réfugiés accusant les forces navales thaïlandaises de participer au trafic de Rohingyas. Reuters n’a pas fait l’objet de poursuites. La Thaïlande est 134e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015, établi par Reporters sans frontières. 
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