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23 mai 2013 - Mis à jour le 6 décembre 2016

Le correspondant de RFE/RL remis en liberté


Reporters sans frontières est soulagée d'apprendre la remise en liberté de Rovchan Yazmouhamedov (Ровшан Язмухаммедов), correspondant du service turkmène de Radio Free Europe/ Radio Liberty (RFE/RL), détenu à Turkmenabat (nord-est du pays) du 6 à 22 mai 2013. Les raisons de sa détention restent à ce jour inconnues.


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10.05.13 - Un correspondant de RFE/RL détenu arbitrairement depuis près d'une semaine

Reporters sans frontières exige des explications quant à l’arrestation de Rovchan Yazmouhamedov (Ровшан Язмухаммедов), correspondant du service turkmène de Radio Free Europe/ Radio Liberty (RFE/RL), détenu depuis le 6 mai 2013 à Turkmenabat (nord-est du pays).

« La détention inexpliquée de Rovchan Yazmouhamedov depuis près d’une semaine relève de l’arbitraire le plus total, et constitue une violation patente de ses droits constitutionnels et des conventions internationales ratifiées par le Turkménistan. De quoi le journaliste est-il accusé, et sur la base de quels faits ? Quand sera-t-il jugé et en attendant, quels éléments justifient le recours à la détention provisoire ? Autant de questions auxquelles un Etat de droit apporterait des réponses. Mais dans un pays aussi fermé et répressif que le Turkménistan, il y a de très fortes présomptions pour que l’arrestation d’un journaliste ne soit qu’un geste de représailles lié à ses activités professionnelles », a déclaré l’organisation.

« Etant données les terribles conditions de détention dans les geôles turkmènes et l’attitude des autorités vis-à-vis des médias indépendants, nous sommes extrêmement inquiets pour Rovchan Yazmouhamedov. La communauté internationale doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir des informations sur son sort et garantir sa remise en liberté. En particulier, nous demandons aux représentants de l’Union européenne d’aborder ce sujet lors de la prochaine session de son ‘dialogue sur les droits de l’homme’ avec le Turkménistan, à la fin du mois de mai, si la situation intolérable du journaliste devait se prolonger jusque-là. »

Rovchan Yazmouhamedov a disparu dans l’après-midi du 6 mai 2013. Le lendemain matin, sa mère a été informée de son arrestation et priée d’apporter le passeport du journaliste au commissariat de Turkmenabat. Depuis lors, il aurait été transféré dans une prison appartenant à la direction n°6 du ministère de l’Intérieur, spécialisée dans les affaires de terrorisme et de crime organisé.

Le 9 mai, la mère de Rovchan Yazmouhamedov a confié à RFE/RL que des caméras de surveillance étaient en train d’être installées autour du domicile familial. Le lendemain, elle était injoignable. « Nous n’avons pas réussi à parler à la famille de Rovchan aujourd’hui, a déclaré à Reporters sans frontières le directeur du service turkmène de RFE/RL, Muhammad Tahir, le 10 mai. Sa ligne téléphonique semble coupée. Par ailleurs, nous n’avons toujours obtenu aucun commentaire officiel (de la part des autorités). Nous sommes plongés dans l’incertitude. »

Collaborateur de RFE/RL depuis septembre 2012, Rovchan Yazmouhamedov couvre essentiellement les questions sociales, potentiellement sensibles au Turkménistan. Une source proche du dossier mentionnait par exemple un récent reportage sur une jeune fille exclue de l’école parce qu’elle portait le foulard. Cet article avait suscité de vives réactions. D’une manière générale, le journalisme indépendant n’est pas toléré dans le pays, où l’ensemble des médias est contrôlé par l’Etat.

Malgré quelques réformes de façade, le pays n’a enregistré aucun réel progrès vers la démocratie ces dernières années, et la dictature turkmène demeure à ce jour l’une de plus absolues et implacables au monde. A l’approche du prochain cycle de « dialogue sur les droits de l’homme » entre l’Union européenne et le Turkménistan, Reporters sans frontières exhorte Bruxelles à rester ferme quant aux conditions qu’Achkhabat doit remplir en la matière pour bénéficier d’un accord de partenariat et de coopération (APC). La levée de ces conditions constituerait non seulement un abandon de la société civile turkmène, mais aussi un signe de faiblesse face aux autorités, qui ne pourrait être que dommageable pour les négociations futures.

Année après année, le Turkménistan se place au voisinage de la Corée du nord et de l’Erythrée, dans les tréfonds du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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L'arrestation arbitraire d'un collaborateur de RFE/RL au Turkménistan est loin d'être sans précédent. Retrouvez par exemple les communiqués de RSF sur:

- L'arrestation de Dovletmyrat Yazguliev (octobre 2011)

- L'internement en asile psychiatrique d'Amangelen Chapoudakov (avril 2011)

- L'arrestation de Sazak Dourdymouradov (juillet 2008)

- La mort sous la torture d'Ogoulsapar Mouradova (septembre 2006)

(Photo: Twitter)