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16 octobre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

L’arrestation du gouverneur Francisco Gómez n’élimine pas les menaces pesant sur quatre journalistes


Paris, le 15 octobre 2013
Juan Manuel Santos
Président de la République
Eduardo Montealegre Lynett
Procureur général de la Nation
Rodolfo Palomino López
Directeur de la Police Nationale
Monsieur le Président,
Messieurs, Reporters sans frontières, organisation internationale de la défense de la liberté de l’information, en appelle d’urgence à votre intervention pour garantir la sécurité des journalistes Claudia López, Gonzalo Guillén, León Valencia et Ariel Avila. Cet objectif ne passe pas seulement par la protection physique des intéressés, mais aussi (et avant toute chose) par la résolution judiciaire des faits graves qu’ils ont porté à la connaissance du public dans l’exercice de leur métier. Ces journalistes ont osé dénoncer l’infiltration de paramilitaires et de narcotrafiquants dans certains rouages du pouvoir. Le 25 septembre 2013, Claudia López, Gonzalo Guillén, León Valencia et Ariel Avila ont été prévenus par l’Unité de protection nationale (UNP) qu’ils étaient dans la ligne de mire d’une Bacrim (bande criminelle issue la mouvance paramilitaire) du département de La Guajira (Nord-Est). Face à l’imminence de la menace, l’UNP leur a accordé une escorte policière et une voiture blindée à compter du 26 septembre 2013. Claudia López (photo), craignant pour sa sécurité, a néanmoins annoncé qu’elle quittait le pays le 1er octobre 2013, et s’est désormais établie à l’étranger. Gonzalo Guillén a pris à son tour le chemin de l’exil, le 12 octobre dernier. Dans une lettre en date du 1er octobre et adressée au Procureur général de la Nation, au directeur de la police et au ministre de l’Intérieur (ci-jointe), les quatre victimes prennent acte de la protection qui leur a été offerte, tout en soulignant que ce dispositif ne peut s’analyser comme une solution viable à long terme. De fait, les menaces envers les journalistes en mai ont redoublé d’intensité en septembre, Claudia López s’ajoutant cette fois à la liste. Gonzalo Guillén, León Valencia et Ariel Avila avaient déjà dû se résoudre à un exil temporaire en juin dernier. Claudia López et ses collègues ont en effet mis au jour les liens ténus entre Juan Francisco ‘Kiko’ Gómez, gouverneur de La Guajira, et une Bacrim elle-même liée au narcotrafiquant Marcos Figueroa. L’arrestation – sans rapport avec le cas présent - du gouverneur le 12 octobre dernier n’élimine pas les risques encourus par les journalistes. Nous encourageons le Parquet général de la Nation à poursuivre les enquêtes contre l’ensemble des officiels soupçonnés d’être liés au crime organisé, ainsi que contre tous les suspects de menaces et attentats contre des acteurs de l’information. En vous remerciant d’avance de l’attention que vous porterez à cette lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, Messieurs, l’expression de mes salutations respectueuses. Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières Slideshow: Andrés Torres - El Espectador
Photo: FLIP