Actualités

23 décembre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

La Royal Thai Navy poursuit des journalistes ayant relayé une information de Reuters


Le 18 décembre 2013, Alan Morison et Chutima Sidasathian, respectivement rédacteur en chef et journaliste au sein du site d’information en ligne Phuketwan ont été inculpés pour diffamation. Reporters sans frontières dénonce avec fermeté l’inculpation de ces deux journalistes. « Nous ne pouvons tolérer que des journalistes soient poursuivis pour n’avoir fait que leur métier en relayant des informations d’intérêt général déjà rendues publiques. Le recours au très controversé Computers Crimes Act pour une affaire de diffamation témoigne du niveau critique de la liberté de l’information dans le pays, et s’apparente à une tentative de musellement. Nous apportons notre soutien aux journalistes, qui risquent jusqu’à cinq ans de prison, et demandons l’abandon immédiat des poursuites judiciaires», a déclaré l’organisation. La Royal Thai Navy a engagé des poursuites à l’encontre de Alan Morison et Chutima Sidasathian pour avoir relayé le 17 juillet dernier sur le site du Phuketwan, un article de Reuters relatif aux réfugiés Rohinga. L’institution militaire reproche aux deux journalistes d’avoir porté atteinte à sa réputation, et d’avoir violé le Computer Crimes Act. L’article original accusait la Royal Thai Navy de fermer les yeux sur le passage de certains bateaux de réfugiés illégaux contre de l’argent. Les deux journalistes, qui ont plaidé non coupable, ont été entendus par la police qui a enregistré leurs empreintes digitales. Ils vont être entendus à nouveau le 24 décembre 2013. Ils risquent une amende de 100 000 bath (2 000 euros) et une peine de prison allant jusqu’à cinq ans. Alan Morison, Australien de 65 ans est rédacteur en chef du Phuketwan, et travaille en collaboration avec divers médias internationaux tels que CNN ou le South China Morning Post. Il a confié à Reporters sans frontières : “Dans ce contexte particulier, qui rend incertain l’avenir de la Thaïlande en tant que démocratie, le moment est vraiment mal choisi par les militaires pour poursuivre en justice des médias à l’aide de lois oppressives. Lorsqu’une branche respectée de l'armée fait le choix de se tourner vers la justice au lieu de régler l’affaire par un simple coup de téléphone ou un communiqué de presse, on peut se demander où va la Thaïlande”. La problématique des Rohinga, considérés par les Nations Unies comme l’une des minorités les plus persécutées n’est pas nouvelle en Thailande, qui fait face à ces afflux de réfugiés en provenance de Birmanie. La Thaïlande se situe à la 135ème position sur 179 selon le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2013. Crédit photo : Phuketwan