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15 mai 2017 - Mis à jour le 16 mai 2017

La presse vénézuelienne, victime de la répression gouvernementale

Pendant que la crise politique s’enlise et que les manifestations se succèdent dans le pays, les forces de l’ordre et les groupes paramilitaires vénézuéliens ont intensifié la répression pour réduire la presse au silence. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une grave entreprise de muselage de la liberté d’information et d’expression.

Alors que les manifestations, convoquées depuis plus de 40 jours par l’opposition au gouvernement de Nicolas Maduro se poursuivent au Venezuela, les journalistes sont régulièrement ciblés, insultés, se voient confisquer ou détruire leur matériel ou sont arrêtés arbitrairement par les forces de police et l’armée bolivarienne (Guardia Nacional Bolivariana), le Sebin - service d’espionnage et de contre-espionnage du gouvernement - et certains groupes paramilitaires proches du pouvoir en place.


Selon les chiffres du SNTP (Syndicat national des travailleurs de la presse), plus de 200 agressions de journalistes ont été recensées entre le 1er janvier et le 30 avril 2017.


Lors de la dernière journée de mobilisation du 8 mai, pas moins de 19 journalistes ont été pris à parti et attaqués par les forces de l’ordre dans tout le pays.


La censure gagne du terrain


Outre ces attaques récurrentes, le gouvernement manoeuvre pour minimiser la couverture médiatique des événements et censure la presse indépendante et d’opposition. Des sites d’information en ligne et des radios, comme Hit 90.7FM, Studio 92.1, Punto Fijo Stereo 90.3 et Jet ont été fermés, des télés d’opposition qui transmettaient sur Internet la couverture des manifestations, comme Vivo Play, VPI (Venezolanos por la Información) et Capitolio TV, ont été bloquées et privées de signal par la Conatel (Commission nationale des télécommunications). Le même sort a été réservé aux chaînes étrangères TodoNoticias (Argentine) et El Tiempo Televisión (Colombie), le 19 avril dernier. La presse internationale n’est effectivement pas épargnée par cette pression des autorités : confiscations de matériel, expulsions etc.


La dérive autoritaire du gouvernement de Nicolas Maduro est extrêmement préoccupante, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de RSF. Cette répression violente menée contre les journalistes est en train d’anéantir la liberté d’information au Venezuela, un pays où le travail de la presse indépendante et d’opposition était déjà particulièrement difficile. Les autorités vénézuéliennes ne peuvent continuer d’entraver l’activité des journalistes, dont la mission d’information est vitale en cette période particulièrement mouvementée.


Depuis la tentative avortée du président Maduro, en mars 2017, de transférer les pouvoirs de l’Assemblée nationale au Tribunal Suprême de Justice (TSJ), lui permettant de facto de gouverner le pays sans contre-pouvoirs et par décret, la crise politique s’intensifie au Venezuela, déjà lourdement frappé depuis deux ans par une crise économique et sociale.


Ces manifestations convoquées par l’opposition au gouvernement, qui réclame la tenue d’élections générales anticipées avant la fin du mandat du président Nicolas Maduro en décembre 2018, se multiplient au Venezuela dans une ambiance de violence généralisée. Depuis le 1er avril 2017, plus de 40 vénézuéliens ont trouvé la mort lors des protestations.


Au-delà de la censure, l’une des plus graves conséquences de cette répression menée contre la presse est la difficulté d’accéder (rapidement), pour les Vénézuéliens, à des informations fiables et objectives sur la crise que traverse le pays et sur la réalité des violences perpétrées par le gouvernement contre ses propres citoyens.


Le Venezuela est classé 137e sur 180 pays au Classement sur la liberté de la presse établi par RSF en 2017.