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1 avril 2020

La loi orwellienne d’Orban instaure un “Etat policier de l’information” en Hongrie

Viktor Orbán / AFP
Reporters sans frontières (RSF) craint la mainmise totale du gouvernement sur les médias nationaux et appelle les institutions européennes à agir en urgence pour empêcher l’abolition de la liberté de la presse et, avec elle, de la démocratie en Hongrie.

Après une nouvelle campagne de dénigrement contre les médias indépendants qu’il accuse de propager la désinformation sur la pandémie, le premier ministre hongrois Viktor Orbán a fait voter une loi dite “coronavirus”, qui lui permet de légiférer par ordonnances dans le cadre d’un état d’urgence à durée indéterminée. Elle prévoit notamment des peines allant jusqu’à cinq ans de prison pour la diffusion de fausses informations.

 

La justice aura le dernier mot sur d'éventuelles sanctions, diront les plus complaisants à l’égard d’Orban. En réalité, le pouvoir exécutif pourra, dans un premier temps, décider arbitrairement si telle information est vraie ou fausse. Ainsi la loi permet au gouvernement d’exercer un contrôle direct sur des rédactions qui n’informeraient pas dans le sens souhaité. Dès lors, la nouvelle loi hongroise menace de démanteler l’espace médiatique indépendant dans le pays, déjà très affaibli, et d’instaurer un strict régime de censure sous prétexte de la lutte contre la pandémie.

 

Or, ce sont précisément le gouvernement et les médias proches du pouvoir qui ont d’abord sous-estimé le danger, puis accusé les migrants d’avoir importé le virus en Hongrie. Les médias indépendants se sont montrés plus responsables dans leur couverture de l’épidémie, mais quand ils ont mis en lumière les erreurs du gouvernement dans la gestion de la crise, ils ont été victimes d’une déferlante de haine.

 

Les sites indépendants Index.hu et 24.hu ont été accusés par un site proche du gouvernement et les médias d’Etat de diffuser des fausses informations sur la pandémie. Lors d’une émission de la chaîne de télévision commerciale HírTV, un intervenant s’est élevé contre « certaines chaînes d’opposition qui ne défendent pas la nation hongroise » et ces « collaborateurs du coronavirus », avant qu’un autre a suggéré « l’arrestation » de leurs journalistes. Juridiquement, leur souhait peut désormais être exaucé.

 

« Cette loi orwellienne installe un véritable État policier de l’information au coeur de l’Europe, affirme Pavol Szalai, responsable du bureau Union européenne et Balkans de Reporters sans frontières (RSF). Toutes les institutions européennes doivent se mobiliser pour préserver ce qui reste de la liberté de la presse en Hongrie. »

 

La loi hongroise va clairement à l’encontre des valeurs européennes inscrites à l’article 2 du traité sur l’Union européenne (TUE) et des droits fondamentaux garantis par la Convention européennes des droits de l’homme. Les institutions de l’Union européenne doivent utiliser tous les outils à leur disposition, notamment la procédure de l’article 7 du TUE, pour empêcher le gouvernement hongrois de basculer vers un régime antidémocratique annonçant la fin de la liberté de la presse. Le Conseil de l’Europe, quant à lui, devrait engager un dialogue avec Budapest afin d’obtenir l’abrogation de la loi. Ces demandes ont été précisées dans des lettres ouvertes publiées par des organisations de défense de la liberté de la presse, cosignées par RSF et adressées aux dirigeants de l’UE et du Conseil de l’Europe.

 

La Hongrie se situe à la 87ème place au Classement mondial de la liberté de la presse 2019, en recul de 14 places par rapport à 2018.