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1 février 2018 - Mis à jour le 11 avril 2018

La justice birmane refuse la demande de libération sous caution des reporters Wa Lone et Kyaw Soe Oo

Kyaw Soe Oo (premier plan) et Wa Lone (second plan) sortent du tribunal menottés, escortés par la police (photo : Aung Kyaw Htet / AFP).
La justice birmane a rejeté ce matin la libération sous caution des deux journalistes de Reuters injustement emprisonnés depuis bientôt deux mois. A travers une pétition, Reporters sans frontières (RSF) appelle à une mobilisation internationale pour obtenir leur libération inconditionnelle.

Ils risquent désormais de croupir en prison de longs mois avant même de pouvoir défendre leur innocence devant une cour. Un juge de Rangoon a rejeté ce matin la demande de libération sous caution de Wa Lone et Kyaw Soe Oo, que leur avocat avait une première fois présentée le 23 janvier. Deux semaines plus tôt, ils avaient été officiellement mis en examen pour violation de la loi sur les Secrets d’Etat, un vieux texte de 1923 rarement utilisé, sauf lorsque l’armée birmane veut faire comprendre aux journalistes qu’ils n’ont pas à enquêter sur elle, comme ce fut le cas en 2014. Ils risquent quatorze ans de prison.


“Les deux journalistes paient le prix de leur professionnalisme, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Leur seul crime a été de s’intéresser aux exactions des forces de sécurité birmanes contre les populations rohingyas, qui ont entraîné l’exode de près de 700.000 réfugiés. Le gouvernement d’Aung San Suu Kyi doit cesser immédiatement cette parodie de procédure. Machination organisée par la police, fabrication de preuves, absence totale de transparence… Ce refus de libération sous caution montre clairement que la justice est instrumentalisée pour punir les deux reporters et intimider leurs confrères.”


La cour qui a analysé la demande de libération a normalement le devoir de l’accorder si la détention est jugée illégale. Or, les deux journalistes, accusés d’avoir été en possession de documents confidentiels, ne cessent de répéter que les fameux dossiers leur ont été remis par de mystérieux policiers dans un restaurant. Ils ont été arrêtés dans la foulée, sans même avoir eu le temps de prendre connaissance de quoi que ce soit et sont derrière les barreaux depuis le 12 décembre.


RSF a récemment lancé une pétition pour amorcer une campagne internationale de soutien et obtenir leur libération.Libérez Wa Lone et Kyaw Soe Oo !Signez la pétition



La rapporteure spéciale des Nations Unies pour la Birmanie, la Coréenne Yanghee Lee, a apporté aujourd’hui son soutien à Wa Lone et Kyaw Soe Oo, soulignant leur “courage” pour couvrir l’une des pires crises humanitaires de monde, qui porte, selon la diplomate, de sérieuses “marques de génocide”. “Et c’est pourquoi nous appelons à un accès des médias internationaux” aux zones de peuplement rohingya, a-t-elle complété.


La semaine dernière, le diplomate américain Bill Richardson, réputé proche d’Aung San Suu Kyi, a démissionné avec fracas d’une commission consultative internationale sur la situation dans l’Etat de l’Arakan. En cause, la “réponse furieuse” que lui a adressé l’ancienne “Dame de Rangoon” après qu’il l’a interpellé sur le cas des deux journalistes.


Dès septembre 2017, RSF a interpellé Aung San Suu Kyi sur les nombreuses restrictions imposées aux journalistes, notamment ceux qui désiraient documenter les opérations de l’armée dans le nord de l’Arakan.


La Birmanie demeure à la 131ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse établi en 2017 par RSF.