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1 février 2018

La journaliste bolivienne Yadira Pelaez, victime d’acharnement judiciaire

Reporters sans frontières (RSF) dénonce la vaste campagne de déstabilisation qui vise la journaliste bolivienne Yadira Pelaez, et demande l’abandon des charges retenues contre elle.

Yadira Peláez Imanereico, ex-journaliste pour Canal 7, une chaîne publique du groupe “Bolivia TV” (BTV) sous tutelle du ministère des Communications bolivien, est visée par trois plaintes judiciaires différentes déposées par des membres et des proches du gouvernement d’Evo Morales. Son tort ? Avoir, le 13 décembre 2016, déposé plainte pour harcèlement sexuel contre Carlos Flores Menacho, le directeur de Canal 7.


Cette date marque le début d’un long chemin de croix: quelques semaines plus tard, le 24 janvier 2017, Yadira Peláez est licenciée de BTV, sans explication. Carlos Flores Menacho fait alors tout son possible pour discréditer la journaliste, en demandant notamment aux employés de BTV de signer un manifeste mettant en cause son sérieux et son professionnalisme, avant de l’envoyer à toutes les institutions publiques de l’Etat bolivien. En tout, 23 lettres seront envoyées. Parmi les destinataires, figure le ministère des Communications, au sein duquel le directeur de BTV bénéficie de nombreux soutiens.


Yadira Peláez décide de communiquer publiquement sur l’affaire le 6 mars 2017. Deux jours plus tard, Carlos Flores Menacho est suspendu de ses fonctions chez BTV et dépose plainte pour “diffamation” et “calomnie” contre la journaliste. Dans les mois qui suivent, la journaliste qui prépare sa défense se retrouve confrontée à de multiples obstacles: l’administration bolivienne lui met des bâtons dans les roues en lui interdisant notamment d’entrer dans des bâtiments publics ou en refusant de lui remettre des informations.


La journaliste fait également l’objet de deux plaintes supplémentaires. La première, émise par la ministre des Communications et ancienne gérante de Canal 7, Gisela Lopez -qui l’accuse d“acharnement et de violence politique contre les femmes”. La ministre réfute les accusations de Yadira Pelaez qui, dans plusieurs interviews, a assuré qu’elle était au courant du harcèlement de Carlos Flores lorsqu’elle travaillait chez Canal 7, et n’avait pourtant rien fait pour lui venir en aide. La deuxième, émise par l’actuelle responsable de Canal 7, Fabiola Rollano Peña, qui la poursuit pour “corruption publique”.


Yadira Pelaez se dit victime d’une vaste campagne de déstabilisation depuis qu’elle a déposé plainte et ne cache pas aujourd’hui son désarroi : “Je ne sais plus quoi faire, je suis actuellement sans emploi et dans une situation financière très délicate car je dois m’acquitter de lourds frais judiciaires et de déplacement “confie-t-elle . Ne résidant pas à La Paz, elle doit en effet payer ses trajets pour assister aux audiences et tenter de se défendre.


Cet acharnement dont fait l’objet Yadira Pelaez est inacceptable. Les poursuites engagées contre la journaliste, consécutives à sa plainte pour harcèlement sur son lieu de travail, doivent être abandonnées, déclare Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de RSF. Au lieu de recourir à ces curieuses méthodes, et de harceler encore plus une journaliste victime de harcèlement, les autorités boliviennes doivent profiter de cette affaire pour ouvrir un débat sur la place des femmes dans les médias en Bolivie et mettre en place des outils pour protéger et valoriser le travail des femmes journalistes”.


Une deuxième plainte pour harcèlement sexuel a été déposée en 2017 contre Carlos Flores Menacho par une autre journaliste de Canal 7, Claudia Pardo, qui s’est à son tour retrouvé accusée “d’acharnement et de violence politique contre les femmes” par le ministère des Communications et dans le collimateur de la justice bolivienne.


Les informations recueillies par le CPJ confirment que des responsables boliviens, afin d’intimider des journalistes, les menacent de poursuite pour diffamation ou de poursuites pénales.

La Bolivie se situe à la 107ème place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2016.