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8 novembre 2017 - Mis à jour le 18 novembre 2017

La Chine censure l’éditeur Springer Nature

GREG BAKER / AFP
Quelques mois après le scandale des Presses Universitaires de Cambridge, l’éditeur allemand Springer Nature a été contraint de céder à la censure de Pékin.

Le respectable groupe allemand Springer Nature, qui possède les revues Nature, Scientific American, le Journal de Sciences Politiques Chinoises et la maison d’édition Palgrave Macmillan, se targue d’être “le premier éditeur mondial de livres académiques” et “un pionnier dans le domaine de la recherche libre.”


Springer Nature a annoncé la semaine dernière avoir bloqué l’accès à "1% des contenus" de son site internet accessible en Chine. La censure touche les sujets que Pékin considère comme sensibles, dont Taïwan, le Tibet, les droits de l’homme et les biographies des dirigeants chinois. Selon l’éditeur, la liste des articles à bloquer aurait été décidée par les autorités chinoises, ce qui représente un pas supplémentaire dans la censure.


Cette décision intervient quelques mois après la tentative des Presses Universitaires de Cambridge (CUP), une autre institution du monde de l’édition, de bloquer l’accès depuis la Chine à 300 articles de leur revue de sinologie China Quarterly. Devant le scandale provoqué, l’éditeur avait été contraint de faire marche arrière, ce qui n’a pas empêché sa réputation d’être sérieusement ternie. Le Journal des Études Asiatiques, un autre titre du groupe CUP, a aussi fait état de pressions de la part des autorités chinoises.


Un dangereux précédent


“Cette censure de Pékin crée un précédent très dangereux pour le monde de la recherche, met en garde Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de RSF. Bientôt, le pouvoir chinois n’aura même plus besoin de “grande muraille numérique” pour empêcher ses citoyens d’accéder aux informations qui lui déplaisent: il les aura fait disparaître à la source”.


Le président chinois Xi Jinping, dont le mandat a récemment été renouvelé pour cinq ans, a entrepris de mettre au pas le milieu académique, après avoir muselé avec succès les journalistes et les blogueurs durant son premier quinquennat. À l’occasion du Salon du Livre de Pékin, en août dernier, RSF avait exhorté les éditeurs internationaux à ne pas mettre le doigt dans l’engrenage de l’autocensure, une attitude qui ne peut qu’encourager le pouvoir chinois à de nouvelles exigences.


Au classement RSF de la liberté de la presse 2017, la République populaire de Chine (PRC) figure parmi les pires États du monde, au 176e rang sur 180 pays listés.