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7 octobre 2016

KOSOVO : La Cour d’appel de Priština prend fait et cause contre un média d’investigation

Le journalste Vehbi Kajtazi / Kosovapress.com
La Cour d’appel de Priština a annulé le rejet en première instance de la plainte d’Adem Grabovci, ancien chef du Parti démocratique du Kosovo (PDK), contre le site d’investigation insajderi.com et outrepassé son rôle en prodiguant au plaignant des conseils juridiques. Le site d’information avait publié des écoutes révélant le rôle central que l’homme politique avait joué dans des affaires de corruption.

C’est un coup dur pour le journalisme d’investigation au Kosovo. La plainte pour « atteinte à la vie privée » et « aux droits constitutionnels » qu’Adem Grabovci avait déposée contre le site d’information insajderi.com, rejetée en première instance, va être renvoyée devant le tribunal de Priština après examen en appel. Fait encore plus marquant, la Cour d’appel a publié dans sa décision des recommandations pour permettre au plaignant de consolider son argumentaire afin de rendre sa plainte recevable, semblant ainsi prendre parti pour l’homme politique.


« Le fait que des membres de la Cour d’appel apportent leur soutien à un plaignant met à mal sa crédibilité et son indépendance, déclare Pauline Adès-Mével, responsable du bureau Europe-Balkans chez Reporters sans frontières (RSF). Ce n’est pas seulement le procès du site insajderi.com qui est en jeu, c’est le journalisme d’investigation qui est attaqué. Les personnalités politiques ne peuvent pas faire valoir le droit à la vie privée de la même manière que les autres citoyens. Un média ou un journaliste ne saurait être traduit en justice pour avoir révélé une affaire d’intérêt public. »


L’affaire a commencé lorsque le site d’information insajderi.com, un média albanophone reconnu pour la qualité et l’ampleur de ses investigations, a publié une enquête de Vehbi Kajtazi construite sur des écoutes du chef du PDK, le premier parti du Kosovo, dévoilant son implication dans des affaires de trafic d’influence. La révélation du scandale a forcé Adem Grabovci à démissionner de ses fonctions. Le politicien a alors entrepris une attaque en justice contre insajderi.com. La Cour de justice de Priština, n’a cependant pas relevé de violation de la vie privée, M. Grabovci étant une personnalité publique et les écoutes relatives à des affaires d’intérêt général. Cette décision est conforme à la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH), qui ne reconnaît pas de violation de la vie privée dans des écoutes liées à des affaires publiques.


Le Kosovo occupe la 90ème place sur 180 pays dans le classement 2016 de la liberté de la presse établi par reporters sans frontières.