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13 juin 2019

Kenya: un groupe de médias trollé par des activistes proches du pouvoir

People walk at the entrance to the headquarters of Kenyan 'Nation Media Group' (NMG) in Nairobi on January 19, 2018. SIMON MAINA / AFP
Reporters sans frontières (RSF) dénonce une campagne menée sur les réseaux sociaux visant à discréditer un groupe de presse réputé pour son indépendance et appelle les autorités à ouvrir une enquête pour identifier et sanctionner leurs auteurs.

Depuis le jeudi 6 juin, plusieurs milliers de messages contenant le hashtag #NationMediaGarbage, en référence au Nation Media Group (NMG) -premier groupe de presse privé du Kenya- ont circulé sur Twitter au point que le sujet faisait partie, dès le lendemain, des dix hashtags les plus partagés dans le pays. L’assaut a été lancé par un groupe d’activistes qui affichent ouvertement leur soutien au président Uhuru kenyatta.


Selon le Daily Nation, quotidien appartenant au groupe NMG, près d’une dizaine de personnes sont à l’origine cette campagne accusant sans preuve les médias du groupe NMG de corruption et de publication de fausses informations, décriant leurs choix éditoriaux et diffusant les photos de journalistes et éditorialistes ayant écrit des articles critiquant le pouvoir. Interrogé par le journal, le chef de cabinet de la présidence a démenti tout lien des autorités avec les trolls.


“Nous condamnons cette forme de cyber attaque qui n’a d’autre objectif que d’intimider et de discréditer les journalistes appartenant à ce groupe de presse réputé, déclare Arnaud Froger responsable du bureau Afrique de RSF. Cette campagne ciblée illustre que l’Afrique n’est pas épargnée par les nouvelles formes de danger qui menacent la production d’information indépendante. Si les autorités sont sincères lorsqu’elles affirment n’avoir aucun lien avec cette attaque, elles n’ont d’autres choix que d’ouvrir une enquête pour identifier clairement les responsabilités, d’autant plus que certaines personnes revendiquent publiquement leur soutien si ce n’est leurs liens avec le parti au pouvoir.” 


D’après les informations recueillies par RSF, deux activistes ont diffusé les premiers tweets contre le groupe de presse : Francis Mwangi, qui s’affiche aux côtés du président Kenyatta sur sa page Facebook, et postent régulièrement des photos du chef de l’Etat pour y vanter son bilan associé du hastag #KeepFightingMrPresident et Polycarp Hinga, suivi par plus de 36 000 personnes sur Twitter, et qui se présente comme un activiste en charge de l’information pour le parti au pouvoir. Contactés par RSF, notamment sur l’origine et les motivations de cette campagne, ils n’ont pas donné suite aux demandes d’explication de notre organisation.


Dans un rapport publié l’année dernière, RSF avait révélé l’ampleur de ce type d’attaque destiné à affaiblir la production d’informations honnêtes et indépendantes en documentant des cas de harcèlement en ligne et de campagnes menées par des armées de trolls contre des médias et des journalistes dans 32 pays.


Le Kenya a perdu quatre places et occupe la 100e position dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.