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7 septembre 2017

Kazakhstan : Janbolat Mamaï libéré mais interdit de faire du journalisme

Crédit: Nurbek Tusiphkan (RFE/RL)
Le journaliste d’opposition kazakh Janbolat Mamaï sort enfin de prison, ce 7 septembre 2017, au terme d’un procès pour “blanchiment” monté de toutes pièces. Mais il est interdit de faire du journalisme pendant trois ans. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un verdict politique qui réduit au silence l’une des dernières voix critiques du pays.

Ce 7 septembre s’est clôturé le procès du rédacteur en chef du journal d’opposition Tribouna / Sayasi Kalam, Janbolat Mamaï. Arrêté le 10 février dernier, il était accusé d’avoir utilisé son journal pour blanchir des fonds supposément détournés par l’opposant et ancien patron de la banque BTA, Moukhtar Abliazov. Malgré l’extrême fragilité du dossier, le journaliste vient d’être reconnu coupable. Il lui est interdit d’exercer sa profession de journaliste et de quitter le territoire de sa commune sans autorisation pendant trois ans. Les sept mois de détention provisoire effectués par le journaliste seront soustraits à cette peine, à laquelle s’ajoutent la confiscation de ses biens et 120 heures de travaux d’intérêt général.


Ce verdict apparaît d’autant plus surprenant que durant l’examen des éléments du dossier, le juge avait lui-même déclaré ne pas avoir trouvé de preuve de blanchiment d’argent. Mais l’essentiel est ailleurs : Tribouna / Sayasi Kalam, l’un des tout derniers médias critiques du régime kazakh, a été contraint de fermer après l’arrestation de son rédacteur en chef.


Une nouvelle fois, la justice kazakhe s’affiche en fidèle bras droit du régime dans son entreprise de musellement des dernières voix critiques, déclare Johann Bihr, responsable du Bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Nous sommes certes soulagés que Janbolat Mamaï sorte de la prison où il n’aurait jamais dû entrer, mais il est scandaleux qu’il soit interdit de journalisme et réduit à la misère. Nous dénonçons un verdict infondé, couronnant un procès qui cachait mal ses intentions politiques.”


Le procès s’était ouvert le 18 août. Un ancien collaborateur de Moukhtar Abliazov, Jaksylyk Jarimbetov, a reconnu être l’un des principaux sponsors de Tribouna / Sayasi Kalam. S’il a déclaré que l’opposant en exil l’avait encouragé à le faire, il a maintenu avoir soutenu le journal de sa propre initiative et sur ses fonds propres.


Janbolat Mamaï a confirmé avoir accepté l’aide de Jaksylyk Jarimbetov pour faire face aux difficultés financières rencontrées par son journal en 2013. Tribouna / Sayasi Kalam était en effet accoutumée aux retards de paiement et arriérés de salaires, ce qui rend encore plus absurde toute accusation de blanchiment.


Depuis 2012 et la fermeture simultanée des principaux médias d’opposition nationaux, la presse indépendante a pratiquement disparu au Kazakhstan. Cette situation critique est aggravée par une justice au service du régime, qui multiplie les arrestations de journalistes et de blogueurs critiques. Le pays occupe la 157e place sur 180 au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse.