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6 novembre 2018

Japon: l’ex-otage en Syrie n’a pas à s’excuser d’avoir fait son travail de journaliste

PHOTO: BEHROUZ MEHRI / AFP
Le journaliste japonais Jumpei Yasuda, ex-otage en Syrie libéré le 24 octobre après trois ans de détention, a été la cible de violentes critiques à son retour au Japon. Reporters sans frontières (RSF) rappelle que la liberté d’informer ne saurait être restreinte, même dans les zones de conflit.

Le retour au Japon du journaliste Jumpei Yasuda, libéré le 24 octobre après avoir été retenu en otage en Syrie durant trois ans, a suscité de violentes attaques de la part d’une frange de l’opinion japonaise. Ses détracteurs lui reprochent de s’être rendu en Syrie contre l’avis des autorités japonaises et de ce fait d’être “le seul responsable” de son enlèvement, qui a selon eux causé des “perturbations” et de la “publicité négative” dommageables à la nation japonaise. Le reporter, qui avait anticipé les critiques, avait pourtant présenté des excuses publiques dès sa libération.


“Il est scandaleux que Jumpei Yasuda soit contraint à s’excuser d’avoir risqué sa vie pour informer ses compatriotes du drame syrien : il devrait au contraire être accueilli en héros au vu des épreuves qu’il a endurées”, estime Cédric Alviani, directeur du bureau RSF Asie de l’Est, qui rappelle que “sans la présence de journalistes dans les pays en guerre, le public serait obligé de s’en remettre aux informations, forcément biaisées, fournies par les belligérants et autres parties prenantes.”


En 2004, Jumpei Yasuda avait déjà été l’objet d’attaques similaires après avoir été brièvement pris en otage en Irak avec deux de ses confrères japonais. La famille du journaliste japonais Kenji Goto, assassiné en Syrie par l’organisation État islamique en 2015, avait aussi été contrainte à faire des excuses publiques après sa mort.


Le Japon est classée 67e sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018. La Syrie, pour sa part, occupe la 177e de ce classement et reste le pays le plus dangereux du monde pour les journalistes.