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7 mai 2020 - Mis à jour le 4 juin 2020

Italie : la libération de chefs mafieux pour cause d’épidémie fait peser de nouvelles menaces sur les journalistes

AFP
Un journaliste italien, spécialiste du crime organisé, et sous protection policière a été la cible d’une nouvelle attaque. La libération anticipée de dizaines de membres de la mafia pour limiter la propagation du virus en prison remet en cause les efforts de la justice italienne.

Mise à jour du 4 juin 2020 :  
Mario De Michele a avoué avoir menti aux autorités et aux médias italiens au sujet de la dernière attaque dont il aurait été victime le 4 mai 2020. En effet, le 26 mai, il s'est exprimé sur le programme de télévision italien LE IENE et a avoué avoir inventé l'assaut sur sa maison. Il continue néanmoins d'affirmer avoir été victime d'une attaque en novembre dernier. Il fait actuellement l'objet d'une enquête policière, pour avoir proféré ces mensonges. En attendant le résultat de cette enquête, RSF s'excuse auprès de ses lecteurs pour avoir relayé des informations erronées.



Si ça continue, on risque de ne plus avoir de journalistes locaux capables de relayer des informations sur le crime organisé “. Car la peur des représailles sera trop grande. L’avertissement est lancé par Mario De Michele, directeur du site d’information en ligne CampaniaNotizie.com qui couvre l’actualité de la Campanie, une région du sud-ouest de l'Italie. Le journaliste qui s’est confié à Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de voir  “les efforts entrepris par la justice et les forces de l’ordre depuis vingt ans en train d’être dilapidés”.

 

 

Dans la nuit du 4 mai dernier, ce spécialiste du crime organisé se trouvait chez lui avec sa famille quand plusieurs coups de feu ont été tirés sur sa maison. Personne n’a été blessé, mais les balles ont traversé le mur de sa cuisine. Le journaliste était pourtant placé sous protection policière, après avoir miraculeusement échappé, en novembre dernier, à une tentative d’assassinat organisée par un clan mafieux local.

 

 

Trois jours auparavant, le journaliste avait porté plainte pour une première agression : deux hommes masqués circulant à moto avaient frappé la carrosserie de sa voiture avec un bâton, puis l’avaient fait sortir et l’avaient giflé.

 

 

Les assaillants ont su profiter des limites du système de protection dont bénéficie Mario De Michele. Si le journaliste ne demande rien de plus aux autorités, car selon lui, leurs réactions ont toujours été « concrètes, rapides et parfaites”, il met cependant en garde les responsables politiques contre la décision de libérer plusieurs dizaines de membres d’organisations mafieuses pour limiter la propagation de l’épidémie de coronavirus dans les prisons. Leur libération anticipée fait, selon lui, peser une nouvelle menace sur les journalistes d’investigation italiens.

 

 

Les agressions et menaces mafieuses contre des journalistes sont monnaie courante en Italie. Dernière autre attaque en date : dans la nuit du 21 avril dernier à Corigliano Rossano, la voiture du rédacteur en chef du journal en ligne Altre Pagine, Fabio Buonofiglio, connu pour ses reportages sur le crime organisé, a été incendiée. Une enquête a été ouverte.

 

 

L’Italie se situe à la 41e place sur 180 au Classement de la liberté de la presse établi par RSF.