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1 octobre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Intensification des pressions sur la directrice de Prachatai, qui risque désormais 82 ans de prison !


Reporters sans frontières se dit scandalisée par le harcèlement sans précédent dont est victime Chiranuch Premchaipoen, directrice du site d’informations Prachatai.com. Arrêtée le 24 septembre 2010 à l’aéroport de Bangkok, au retour d’une conférence internationale (http://fr.rsf.org/thailande-la-directrice-du-site-d-24-09-2010,38439.html), la journaliste a été informée qu’un mandat d’arrêt avait été lancé par la police de Khon Kaen en septembre 2009 pour une plainte déposée en avril 2008 contre elle, au sujet de commentaires postés sur son site Internet. Si toutes les charges sont retenues par la justice, elle risque alors jusqu’à 32 ans de prison. Dans une deuxième affaire très similaire, elle encourt 50 ans de détention. Relâchée dans la nuit du 24 au 25 septembre, après s’être acquittée d’une caution de 200 000 bahts (environ 4800 euros), elle doit se présenter désormais tous les mois au poste de police de Khon Kaen, à 400 kilomètres de Bangkok, son lieu de résidence. La prochaine convocation a été fixée au 24 octobre 2010. La plainte a été déposée le 28 avril 2008 par Syunimit Chirasuk, un résident de la province de Khon Kaen, au sujet de commentaires associés à une interview, publiée par Prachatai, de Chotisak Onsoong. Ce dernier a été inculpé de lèse-majesté après avoir refusé de se lever pour l’hymne national, diffusé en ouverture de séance au cinéma. Chiranuch Premchaipoen, en tant que directrice du site, est accusée de « diffamation, insulte ou menace envers le roi et la famille royale », d’avoir « fait des déclarations publiques incitant au désordre » (articles 112 et 116 du code pénal), d’avoir « soutenu ou d’être responsable de délits liés à l’utilisation d’ordinateurs » (articles 14 et 15 du Computer Crime Act). « La conduite des autorités thaïlandaises envers la journaliste est intolérable. Toutes les poursuites à son encontre doivent être abandonnées sous peine de décrédibiliser la justice thaïlandaise. Chiranuch Premchaipoen a été traitée comme une criminelle alors qu’elle est reconnue par la communauté internationale comme une experte dans le domaine du journalisme en ligne. Pourquoi procéder à son arrestation à ce moment précis, alors que la plainte est vieille de plus de deux ans ? » s’interroge l’organisation. Et d’ajouter : « Si l’on additionne les peines qu’elle encoure en vertu des différentes charges retenues contre elle dans deux affaires différentes, nous atteignons le chiffre aberrant de 82 ans de prison. Un chiffre « à la birmane », qui démontre l’acharnement des autorités et les failles et les abus du système légal qui régit le lèse-majesté. Les autorités réutilisent cette vieille plainte pour redoubler leur pression sur la directrice d’un des derniers sites à avoir résisté à la censure lors des violences du printemps dernier. » Une forte mobilisation internationale s’est mise en place à l’annonce de son arrestation, soutenue par des blogueurs, des journalistes, ONG et diplomates et relayée par les réseaux sociaux (liens Facebook et Twitter, #freejiew). D’après Chiranuch Premchaipoen, cette mobilisation a été cruciale pour obtenir sa libération le soir-même. La journaliste est déjà inculpée du crime de lèse-majesté dans une autre affaire. Arrêtée le 31 mars 2010 puis libérée sous caution (contre 300 000 bahts, soit environ 7000 euros), elle est également poursuivie en vertu du « Computer Crimes Act » et de la loi sur le crime de lèse-majesté. Accusée de n’avoir pas retiré assez rapidement du site une dizaine de commentaires considérés offensants pour la monarchie, elle risque jusqu’à 50 ans de prison dans cette affaire. Elle avait pourtant rapidement retiré les messages incriminés après en avoir été notifiée en 2008. La Thaïlande fait partie des "Pays sous surveillance" listés par Reporters sans frontières dans son rapport sur les Ennemis d’Internet publié le 11 mars 2010. Une dizaine d’internautes sont à ce jour sous le coup de poursuites liées au crime de lèse-majesté. Pour aider Chiranuch Premchaipoen à payer sa caution, vous pouvez faire un don à http://digitaldemocracy.chipin.com/free-jiew.