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23 mai 2019

Indonésie : Plusieurs journalistes délibérément attaqués durant des émeutes post-électorales

Un policier anti-émeute tire une grenade de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants au cours d’émeutes hostiles à la réélection du président Jokowi, lesquelles ont fait au moins sept blessés auprès des journalistes (photo : Bay Ismoyo / AFP).
Reporters sans frontières (RSF) appelle les manifestants et les forces de l’ordre qui s’affrontent depuis deux jours à Jakarta à respecter le travail des journalistes. L’organisation demande aux autorités indonésiennes des enquêtes rapides pour identifier les responsables de ces violences.

Déjà sept attaques contre des reporters ont été recensées dans la seule soirée du 22 mai… Plusieurs journalistes ont été délibérément pris pour cible alors qu’ils couvraient les émeutes qui ont éclaté hier soir dans le centre de Jakarta, et qui ont fait au moins sept morts. L’Alliance des journalistes indépendants (AJI) d’Indonésie estime que le nombre de journalistes blessés à cette occasion risque fort d’augmenter, à mesure que l’organisation recueille les témoignages.


En parallèle, les autorités ont momentanément bloqué l’accès aux plates-formes WhatsApp et Facebook, et la bande passante des connexions Internet a été bridée, toujours selon l’AJI. WhatsApp était à nouveau accessible par intermittence au matin du 23 mai.


Les émeutes ont débuté dans la soirée du mardi 21 près du siège de la commission électorale, qui venait de confirmer la victoire du président sortant Joko Widodo, dit “Jokowi”, à l’élection du 17 mai. Les partisans de son opposant, Prabowo Subianto, contestent le scrutin, et la confrontation avec les policiers a rapidement dégénéré en violences extrêmes.


“Nous appelons les différents protagonistes, manifestants comme représentants des forces de l’ordre, à respecter le travail des journalistes en cessant toute violence ou intimidation, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. La libre couverture de ces événements par les reporters est le meilleur moyen de permettre aux citoyens de se tenir informé sur ce conflit au-delà des rumeurs, à une étape cruciale pour la démocratie indonésienne. Des enquêtes doivent identifier et condamner les responsables de ces violences. Pour ce nouveau mandat, il incombe au président réélu Jokowi de tenir enfin les promesses qu’il avait formulées par le passé en faveur d’une presse libre.”


Premier mandat décevant


Parmi les journalistes blessés durant la soirée du 22 mai, le reporter de CNN Indonesia Budi Tanjung et son collègue reporter d’image Ryan se sont clairement présentés comme journalistes auprès des forces de l’ordre avant d’être frappés à la tête par ses membres. Les policiers ont forcé le premier à effacer les vidéos qu’il avait pris avec son téléphone portable, tandis qu’ils ont obligé le second à détruire les séquences vidéos d’une arrestation qu’il avait tournées.


Selon les premiers recensements de l’AJI, un autre journaliste identifié comme “Ryan”, travaillant lui pour MNC Media, a été blessé suite à une attaque encore indéterminée, à l’instar du reporter de Radio Sindo Trijaya  Fajar, du journaliste du site alinea.id  Fadli Mubarok, ainsi que d’un rédacteur et un reporter d’images de RTV, Intan Bedisa et Rahajeng Mutiara.


Alors que l’élection du président Jokowi avait suscité beaucoup d’espoirs démocratiques il y a cinq ans, RSF avait dû assez vite tirer de son premier mandat un bilan très décevant en matière de liberté de la presse.


L’Indonésie se situe à la 124e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2019.