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12 août 2020

Indonésie : les algorithmes de Facebook censurent un article sur la liberté de la presse en Papouasie occidentale

Montage réalisé à partir de la capture d’écran du compte Facebook du Pacific Media Centre (PMC - RSF).
Reporters sans frontières (RSF) demande à Facebook de rétablir la publication d’un article censuré au prétexte qu’il violerait les règles de nudité de la plate-forme. L’organisation demande au réseau social de faire preuve de davantage de transparence et de responsabilité concernant le respect de la libre circulation de l’information.

“Votre publication contrevient aux normes de la communauté concernant la nudité ou l’activité sexuelle.” C’est le message sybillin qu’a reçu David Robie, le directeur du Pacific Media Centre (PMC), le partenaire de RSF pour l’Océanie, basé en Nouvelle-Zélande, lorsqu’il a voulu relayer sur Facebook un article consacré à la liberté de la presse en Mélanésie et, plus particulièrement, dans les provinces indonésiennes de Papouasie et de Papouasie occidentale. L’article, publié le 6 août sur le site Internet de la Fédération internationale des journalistes (IFJ), se faisait l’écho du dernier numéro du magazine édité par le PMC, la Pacific Journalism Review

 

Il a de fait été censuré par les algorithmes de Facebook parce que, selon un message automatique envoyé au professeur Robie, “certains publics sont sensibles à différentes choses en ce qui concernent la nudité”. En fait de nudité, l’article publié par l’IFJ était simplement illustré par une photo d’une manifestation d’étudiants papous contre le racisme, sur laquelle figurent deux individus en costume traditionnel - c’est-à-dire vêtus uniquement de colliers et d’étuis péniens. 

 

Tyrannie 

 

“Quiconque ayant un semblant de bon sens verrait qu’il n’y a aucune ‘nudité’ sur la photographie selon les règles de Facebook”, souligne David Ro bie, qui dénonce la “tyrannie des algorithmes” de la plate-forme. Le journaliste et universitaire a tenté à trois reprises, le 7 août, de signaler l’erreur au réseau social. En vain : “Il n’y a aucun recours pour contester ou faire appel de cette censure.” 

 

RSF a contacté la responsable de Facebook pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande, Mia Garlick, afin de recueillir son point de vue sur cette affaire. Aucun élément de réponse n’a à ce jour, mercredi 12 août, été adressé à l’organisation.

 

“Ce cas de censure totalement absurde montre à quel point l'arbitraire des algorithmes de Facebook fait peser de lourdes menaces sur la libre circulation de l'information et, partant de ce fait, sur la liberté de la presse, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. La plate-forme s’étant imposée comme un vecteur d’information majeur et, étant à ce titre tenue par des exigences de responsabilité et de transparence, nous appelons le bureau régional de Facebook à lever immédiatement la censure de l’article en question.”

 

Instrumentalisation des algorithmes

 

Ce n’est pas la première fois qu’un contenu relatif aux droits des populations papoues d’Indonésie est censuré par Facebook au prétexte de “nudité”. En avril 2018, un article du Vanuatu Daily Post avait été supprimé par la plate-forme parce qu’il était accompagné d’un cliché de guérilleros papous en costumes traditionnels, pris en 1995 par le photoreporter australien Ben Bohane. Des trolls et des faux comptes Facebook pro-indonésiens sont connus pour dénoncer ce type de photo au réseau social, instrumentalisant les algorithmes et obtenant ainsi la censure de tout contenu qui leur déplairait.

 

La question papoue reste extrêmement taboue en Indonésie, et les deux provinces de Papouasie occidentale sont largement interdites aux journalistes indépendants, qui doivent préalablement obtenir un visa spécial pour s’y rendre. Alors qu’un mouvement de protestation avait éclaté en août dernier, les autorités de Jakarta avaient décidé de couper tout accès à l’Internet en Papouasie occidentale, empêchant les journalistes de couvrir ces événements. 

 

L’Indonésie occupe la 119e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.