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5 mars 2018 - Mis à jour le 8 mars 2018

Inde : RSF salue l’arrestation d’un suspect dans le meurtre de Gauri Lankesh

L’assassinat de Gauri Lankesh avait entraîné une vague d’indignation dans tout le pays (photos : Manjunath Kiran - Sajjad Hussain / AFP).
Trois jours après que la police indienne a placé en détention un suspect dans le meurtre de la journaliste Gauri Lankesh, Reporters sans frontières (RSF) appelle les enquêteurs à tout faire pour retrouver les commanditaires de cet assassinat sauvage.

C’était il y a six mois jour pour jour. Par une chaude soirée de septembre, la journaliste Gauri Lankesh, célèbre pour ses prises de positions critiques envers le nationalisme hindou, était abattue de trois balles. Vendredi, les enquêteurs chargés de retrouver les coupables ont annoncé avoir placé en garde à vue Naveen Kumar, le fondateur du groupe d’extrême-droite Hindu Yuva Sena, afin de l’interroger. Arrêté le 18 février par la police de Bangalore pour possession illégale de munitions, l’homme serait membre d’un commando impliquant quatre autres individus, dont un possible donneur d’ordre qui lui aurait plusieurs fois téléphoné depuis une cabine publique en amont du meurtre de la journaliste.


“Nous saluons les progrès réalisés dans l’enquête sur l’assassinat de Gauri Lankesh, dont les écrits ont longtemps déchaîné la haine de la mouvance nationaliste hindoue, remarque Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Tout doit être mis en œuvre pour faire toute la lumière sur ce drame, et pour établir les responsabilités de chacun. Nous appelons le gouvernement de Narendra Modi, lui aussi membre de la mouvance nationaliste hindoue, de prendre des positions claires sur les premiers résultats de l’enquête.”


Avant d’être assassinée, Gauri Lankesh avait fait l’objet de poursuites judiciaires pour diffamation par deux membres du parti du Premier ministre, le Bharatiya Janata Party (BJP). Le BJP est la principale formation du Sangh Parivar, la “famille” d’organisations qui préconisent l'idéologie de l'Hindutva, à savoir un mélange de références à l'hindouisme et au nationalisme occidental de l’Entre-deux-guerres. Cette famille (“parivar”, en hindi) compte une kyrielle de relais sur le terrain qui prônent la violence, comme le groupe de Naveen Kumar.


Le pouvoir de Narendra Modi mène depuis plusieurs années des actions afin d’éliminer des médias tout discours “anti-nationaliste”, conduisant la presse indienne à l’autocensure. L’armée de trolls du Premier ministre lance régulièrement intimidations et menaces contre les reporters qui ne suivraient pas la ligne. En octobre, des menaces de mort en référence au meurtre de Gauri Lankesh ont été adressées à de nombreux journalistes en ces termes : “Désormais, dans ce pays, quiconque est critique envers le Premier ministre Modi ou son parti ne sera pas épargné. Il sera éliminé.”


Depuis 2015, au moins dix journalistes indiens ont été assassinés en raison de leur activité professionnelle. Le pays est située à la 136ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017.