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3 octobre 2017 - Mis à jour le 17 avril 2018

Inde : plusieurs journalistes menacés de mort par les nationalistes hindous

Cette menace de mort (au centre) laisse entendre que les voix critiques de Narendra Modi subiront le même sort que la journaliste assassinée Gauri Lankesh (Photos : Prakash Singh / Sajjad Hussain / AFP)
Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités indiennes à identifier et poursuivre les auteurs des différentes menaces de mort qui sont adressées à plusieurs journalistes du pays depuis deux semaines. L’organisation rappelle au gouvernement de Narendra Modi que la sécurité des journalistes est un fondement de l’Etat de droit et de la démocratie.

Une première vague de messages est apparu le 14 septembre dernier : la journaliste Deeksha Sharma, qui avait qualifié de “sexiste” un clip de rap sur le site d’information The Quint, reçoit plusieurs menaces de viol et de meurtre. Le 17, l’un de ces messages, posté en hindi sur sa messagerie WhatsApp, fait référence au meurtre de la journaliste Gauri Lankesh, sauvagement assassinée une dizaine de jours plus tôt : “Pourquoi a-t-elle été tuée ? Parce que Lankesh était journaliste. [...] Elle écrivait contre le gouvernement Modi. [...] Elle était anti-nationaliste et anti-hindou. Désormais, dans ce pays, quiconque est critique envers le Premier ministre Modi [ou son parti] ne sera pas épargné. Il sera éliminé.”


Le même jour, Abhay Kumar, de l’agence Asian News International, reçoit un message similaire qui menace toute personne critique envers le parti du Premier ministre Narendra Modi, le Bharatiya Janata Party (BJP) et son aile paramilitaire, le RSS. Le numéro qui a émis le message reste injoignable. Entre le 17 et le 20 septembre, au moins deux consoeurs de Deeksha Sherma au Quint ont reçu les mêmes menaces de mort. Toujours le 20, Mohammad Ali, correspondant de The Hindu dans l’Uttar Pradesh, est interpellé de la même façon à partir de deux numéros d’appel différents. Le lendemain, c’est au tour de Debobrat Ghose, reporter pour le site Firstpost, de recevoir trois fois ce message depuis plusieurs numéros, à l’instar de Sonal Mehrotra Kapoor, de la chaîne NDTV. Les témoignages recueillis par RSF indiquent qu’il s’agit là d’une liste non exhaustive de journalistes menacés de mort.


“Cette vague de menaces est le signe d’un climat devenu intolérable pour l’exercice de la liberté de la presse en Inde, souligne Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Depuis l’arrivée de Narendra Modi au pouvoir en 2014, les journalistes sont régulièrement attaqués par des campagnes de menaces orchestrées par des éléments nationalistes, qui peuvent conduire jusqu’à la mort, comme on l’a constaté en septembre. Le gouvernement doit montrer son soutien aux journalistes attaqués et dénoncer clairement les messages de haine qui leur sont adressés.”


Deux semaines après le meurtre de Gauri Lankesh, le reporter Shantanu Bohwmick a été battu à mort alors qu’il couvrait une manifestation nationaliste.


Comme l’a récemment révélé la journaliste Swati Chaturvedi, le BJP a développé depuis trois ans une armée de “yoddhas”, c’est-à-dire des “guerriers”, comme les appelle Narendra Modi. Ces millions de trolls sont chargés d’attaquer sur les réseaux sociaux les journalistes inscrits sur une “liste de cibles” établie par le parti nationaliste hindou. Leur arme : les appels au viol ou au meurtre. Au lieu de condamner ces messages, le Premier ministre suit leurs auteurs sur Twitter. Il a même reçu plusieurs d’entre eux dans sa résidence officielle le 1er juillet 2015.

Depuis 2015, au moins neuf journalistes indiens ont été assassinés en raison de leur activité professionnelle. Le pays est située à la 136ème position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2017.