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8 novembre 2019 - Mis à jour le 4 décembre 2019

Inde : le reporter Aatish Taseer privé de sa citoyenneté en représailles à un article critique sur le Premier ministre

Un extrait de la Une du Time du 20 mai 2019 (photo : time.com).
De nationalité britannique et de mère indienne, le journaliste était reconnu comme “Citoyen indien d’Outre-mer” (OCI) avant que New Delhi ne révoque ce statut. Reporters sans frontières (RSF) appelle le gouvernement indien a revenir sur une décision inique, qui s’apparente clairement à un acte de représailles.

Suite à une décision officiellement confirmée, aujourd’hui vendredi 8 novembre, par le ministère de l’Intérieur, Aatish Taseer pourrait être banni du territoire indien jusqu’à nouvel ordre. Alors que son statut d’OCI lui permettait d’entrer et sortir du pays sans visa, il a été placé sur une “liste noire” en septembre dernier. Le prétexte invoqué par le gouvernement indien ? Le journaliste aurait “caché le fait que son défunt père était d'origine pakistanaise", ce qui le priverait de ce régime migratoire spécial et, partant, le droit d’obtenir un visa d’entrée en Inde. 


Dans un une tribune publiée ce matin, Aatish Taseer rappelle que ses origines paternelles sont de notoriété publique, au point qu’il y a même consacré un livre, “Etranger à mon histoire”, et que cela n’a jamais remis en cause son statut d'OCI. La véritable raison de cette décision incohérente semble plutôt liée à la parution, en mai dernier dans Time Magazine, d’un article sur le mouvement nationaliste hindou et son chef de file, le Premier ministre Narendra Modi, dont le portrait faisait la une du magazine avec ce titre : le "diviseur-en-chef" de l’Inde.

 

“Aatish Taseer est clairement une victime collatérale des dérives arbitraires du gouvernement de Narendra Modi, qui tolère de moins en moins la critique, déplore Daniel Bastard, responsable du Bureau Asie-Pacifique de RSF. Cette décision inique est une nouvel exemple des manoeuvres d'intimidations des actuelles autorités indiennes contre tout journaliste qui ne suivrait pas la ligne tracée par le Bharatiya Janata Party, le parti au pouvoir. Nous appelons le ministre de l’Intérieur Amit Shah à retrouver un semblant de crédibilité internationale en annulant cette décision, qui mêle l’injustice à la mesquinerie.”

 

Le chantage à la citoyenneté est une pratique utilisée de plus en plus souvent par New Delhi pour empêcher les journalistes de faire leur travail. En août dernier, RSF avait documenté comment le ministère des Affaires étrangères avait menacé le correspondant du Figaro, Emmanuel Derville, d’annuler son statut d’OCI s’il se rendait au Cachemire, dont l’autonomie venait d’être révoquée.  


L’Inde se situe à la 140e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF.