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14 février 2019

Inde : face à la vacuité de l’accusation, RSF exige la libération du journaliste cachemiri Aasif Sultan

Illustration tirée d'un dessin du caricaturiste cachemiri Mir Suhail publié dans le Kasmir Narrator.
La police cachemirie a formellement inculpé le journaliste Aasif Sultan, arrêté il y a presque six mois, en vertu de la loi sur la prévention des activités illégales. A la veille d’une nouvelle audience, Reporters sans frontières (RSF) appelle la justice indienne à sa libération immédiate et inconditionnelle.

Détenu depuis le 24 août sur la simple base d’une plainte policière, le rédacteur du Kashmir Narrator, Aasif Sultan, s’est vu formellement notifié, le 7 février, son acte d’accusation par la police de l’Etat du Jammu-et-Cachemire, en Inde du nord. Selon le document, le journaliste est présumé coupable d’avoir ”hébergé des terroristes” et d’avoir voulu “fomenter un complot criminel” lié au meurtre d’un policier en août dernier. Sa prochaine audience est fixée au vendredi 15 février.


“Nous appelons la justice indienne à faire montre de responsabilité en relâchant immédiatement Aasif Sultan, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Depuis le début de cette affaire, la police n’a apporté absolument aucun élément de preuve permettant d’étayer sa thèse. Garder un journaliste en détention provisoire pendant près de six mois s’apparente clairement à une tentative d’intimidation contre les journalistes qui couvrent des sujets qui déplaisent aux forces de sécurité.”


Machination


Dix jours après l’arrestation d’Aasif Sultan, son rédacteur en chef, Showkat A. Motta, confiait son sentiment à RSF : “Il a été piégé.” Selon lui, le journaliste aurait été victime d’une machination à la suite d’une enquête qu’il avait rédigée à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Buhran Wani, un combattant séparatiste cachemiri tué par les forces de sécurité le 8 juillet 2016.


Ce décès avait contribué à une intensification du conflit au Cachemire indien qui s’est notamment traduite par une recrudescence des cas de harcèlement des journalistes par les forces de sécurité. Le mois dernier, quatre reporters ont reçu des tirs de billes de plomb, et d’autres ont été empêchés de couvrir les célébrations d’une fête nationale à Srinigar, la capitale régionale.


Cette affaire fait écho à celle du photojournaliste Kamran Yousuf qui, arrêté en septembre 2017, a passé six mois derrière les barreaux sous des chefs d’inculpation parfaitement fallacieux.


L’Inde est classée 138e sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2018.